Navalny : Une analyse d’Arnaud Dubien

Vladimir Poutine doit-il craindre Alexei Navalny et ses soutiens à quelques mois des élections législatives ?

  • La Russie vient de connaître son deuxième week-end de manifestations à l’appel de l’opposant Navalny. Comment les interpréter, ainsi que la répression exercée sur celles-ci par le pouvoir russe ?

Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont de nouveau descendues dans les rues de nombreuses villes du pays, alors que les manifestations de soutien à Alexeï Navalny étaient (comme le 23 janvier dernier) interdites par les autorités.

[…]

Le plus probable est que les échéances judiciaires de cette semaine les galvanisent, mais (pour l’instant en tout cas) ils ne « mordent » pas au-delà de leur auditoire traditionnel. […]

  • Quelles sont les conséquences de ces évènements pour les relations diplomatiques de la Russie, notamment avec l’Europe ?

Rappelons que l’affaire Navalny a déjà donné lieu en octobre dernier à des sanctions de l’Union européenne, qui visaient certaines personnalités russes dont Sergueï Kirienko, le n°2 de l’administration présidentielle, qui fut le Premier ministre de Boris Eltsine en 1998 et une figure emblématique de la mouvance libérale à Moscou au début des années 2000.

Sans surprise, les Polonais et les Baltes ont appelé – dès l’arrestation de Navalny le dimanche 17 janvier – à de nouvelles mesures punitives. Paris et Allemagne ne semblent pas pressées d’aller plus loin et ont demandé à Josep Borrell, le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, de se rendre à Moscou en fin de semaine. Ceci dit, comme il est très improbable que la position du Kremlin évolue dans le dossier Navalny et que les « amicales pressions » américaines vont aller croissant, de nouvelles décisions sont possibles.

[…]

  • Vladimir Poutine doit-il craindre Alexeï Nalvany pour son pouvoir alors qu’en 2021 vont se tenir des élections législatives en Russie ?

L’un des paradoxes de la situation actuelle est que Navalny ne constitue pas une menace réelle et immédiate pour Vladimir Poutine. Si l’opposant a incontestablement pris une autre envergure depuis l’été dernier, il ne peut (à ce stade en tout cas) prétendre rassembler une majorité de Russes et incarner une alternative crédible à Vladimir Poutine. […]

Si le pouvoir n’est pas menacé à court terme, il n’a plus les coudées franches et doit s’adapter à un acteur qui ne le craint pas et qui n’accepte pas les règles du jeu en place depuis une quinzaine d’années. Il est en outre sur la défensive sur le plan informationnel. Le Kremlin n’a en effet aucune prise sur le feuilleton des révélations publiées sur les réseaux sociaux, qu’il est réduit à commenter au risque de légitimer Alexeï Navalny.

Empêtré dans ses mensonges (auquel il semble parfois croire), manquant de la souplesse et de l’imagination dont il était capable entre 2000 et 2008, le pouvoir russe recueille les fruits d’un problème qu’il a, dans une large mesure, suscité lui-même.

En vidant les institutions de leur substance et en étouffant toute opposition démocratique raisonnable (d’ailleurs parfaitement minoritaire dans le pays), il a créé les conditions d’une contestation « hors système », moins maîtrisable et donc potentiellement plus dangereuse à l’orée d’un cycle politique crucial et d’un processus de transition que la réforme constitutionnelle n’a pas clos.


IRIS – Titre original : « Russie : Vladimir Poutine doit-il craindre Alexei Navalny ? » – Source (Lecture libre en suivant le lien)