La justice aménagée selon …

Bafouer l’égalité des peines en matière de jugement, a toujours été (hélas) un avantage d’entregent de la noblesse, des politiques, des néo nantis… L’équité, comment voulez-vous l’expliquer à certains contrevenants, de leur condamnation lourde assortie de peine de prison pour avoir volé quelques nourritures pour survivre ou aider quelques migrants à passer la frontière.

Voilà deux personnages Balladur et Léotard qui après avoir détourné des sommes importantes, joué avec les lois, se retrouvent quasiment blanchi … parce que la justice a mis près de 20 ans avant jugement, que l’un a un pied dans la tombe, et que l’autre ne fait plus de politique depuis belle lurette et n’est plus, par conséquent un rival électoralement dangereux … Non il n’y a pas de justice dans la justice. MC


Pour « tenir compte de la personnalité des prévenus », le parquet général a requis une peine d’un an de prison avec sursis contre l’ancien premier ministre Édouard Balladur et de deux avec sursis contre l’ex-ministre de la défense, François Léotard. Tous deux étaient absents.

  • « Je vous demande de déclarer coupables MM. Balladur et Léotard », a conclu le procureur général François Molins, mardi, devant la Cour de justice de la république (CJR).
  • Sans rien lâcher de l’accusation, le magistrat requiert des peines de principe, un an de prison avec sursis contre Édouard Balladur et deux ans de prison avec sursis contre François Léotard, peines assorties respectivement de 50 000 et 100 000 euros d’amende.
  • Le procureur général a argumenté d’une main de fer, mais il a conclu en gants de velours.

Il a demandé aux juges de tenir compte de « l’ancienneté des faits », et « de la personnalité des prévenus »« M. Balladur a passé plus de cinquante ans au service de l’État », a-t-il concédé.

La peine réclamée pour François Léotard est plus lourde, car l’ancien ministre de la défense a été « plus impliqué », selon François Molins.

Les avocats d’Édouard Balladur se dévisagent avec surprise.

Plus tard, on les verra franchement sourire.

On devine qu’ils redoutaient quatre fois plus. En effet, dans le volet correctionnel de l’affaire, les deux anciens collaborateurs de l’ex-premier ministre et de son ministre de la défense, Nicolas Bazire et Renaud Donnedieu de Vabres ont écopé de peines de cinq ans de prison, dont deux avec sursis.

Au tarif du procureur général, les « patrons » payent-ils le juste prix par rapport à leurs subordonnés ?

Le magistrat a lui-même admis un « sujet délicat » pour la CJR : celui de « faire la part » entre la responsabilité des ministres et celle de leurs collaborateurs. Avec un « double écueil » à éviter : celui de s’en prendre « aux lampistes », ou celui de « déduire des décisions d’un cabinet que le ministre était forcément au courant ».

On voit une fois de plus l’absurdité qu’il y a à disjoindre les faits reprochés aux ministres du dossier correctionnel. Les juges doivent un peu faire la part entre la peine déjà infligée aux collaborateurs, et celle à venir des ministres, même si le tribunal correctionnel n’a pas fixé de jauge. La décision en correctionnelle pèse de fait sur les audiences de la CJR, et la décision de celle-ci pèsera certainement sur le procès en appel des subordonnés.

« Attention à ne pas donner le sentiment d’une justice à deux vitesses : les condamnations des collaborateurs sont extrêmement lourdes par rapport aux réquisitions d’aujourd’hui », a averti Me Olivier Morice, l’avocat des familles des victimes de l’attentat de Karachi, en quittant la salle.


Karl Laske – Médiapart – Titre original : « Le parquet réclame des peines de principe contre Balladur et Léotard ». Source (Extrait)