La droite entend faire croire qu’elle est de gauche !

Avant toute lecture, ajoutons à ce titre, que l’original strict progressiste est toujours plus réaliste pour le monde salarial, qu’un ersatz patronal droitier … MC

L’échec de François Fillon à la dernière présidentielle n’est pas seulement dû à son goût pour le salaire familial. Sa cote de popularité avait nettement fléchi lorsque, en décembre2016, il avait fait part au peuple de son souhait de limiter la Sécu aux « affections graves ou de longue durée », tout, tout, tout le reste devant relever de « l’assurance privée ».

Puis, Les Républicains ont pris une seconde raclée aux européennes, grâce à François-Xavier Bellamy, plus réac que François. Aujourd’hui, la situation est encore plus tendue.

Le Covid fabrique des milliers de chômeurs tous les jours. Il faut donc à LR un programme « social ».

Comment faire?

Très simple : en parlant philo. Aurélien Pradié, secrétaire général du parti, nous explique que, loin du véritable libéralisme qui désignait « une période de conquêtes des libertés, économiques, sociales », aujourd’hui, le libéralisme est devenu synonyme d’un libre-échange qui « aliène les individus (1) ».

Aurélien propose donc que les salariés soient « associés aux décisions stratégiques des entreprises». Mais ça s’appelle un kolkhoze, un kibboutz, une coopérative, ça!

Heureusement, le député du Lot précise : « Attention, je dis bien les salariés, pas les syndicats, qui sont dépassés. » Ouf !

Mais à peine remis de nos émotions que Guillaume Peltier, vice-président délégué de LE, nous tire une larme en évoquant nos travailleurs qui « subissent les vents de la mondialisation financière, des délocalisations et des salaires tirés vers le bas (2)».

Et Guillaume d’« exiger » le remboursement des aides versées aux entreprises qui délocalisent (tiens, au fait, ils en sont où, Bridgestone ?). Et de promettre 5 % de hausse pour tous les salaires : champagne!

Mais, comme d’hab, c’est à l’État et à la Sécu de régler la note, avec une baisse de la CSG. Et Guillaume de demander à l’État de prendre en charge les six premiers mois de salaire pour tout jeune embauché, puis, en cas de CM, toutes les cotisations sociales, pendant deux ans. Euh, ce sera tout, Guillaume?

Ce ne serait pas plus simple de faire payer tous les salaires directement par Bercy, dis?

Enfin, la plaidoirie d’Arnaud Montebourg sur la nécessaire réindustrialisation de la France ne laisse pas insensibles nombre d’élus LR, qui voient que ça va être compliqué de financer leur police municipale s’il n’y a plus une seule usine dans leur commune. Mais là, les ennuis commencent, car il faut bosser.

 Quelles industries développer? Sur quels territoires? Avec quelles compétences? Pas facile, quand on se fout de la gueule des chercheurs depuis des décennies et que l’on n’a aucune idée de ce que produit le pays.

Or, tiens-toi bien, cher lecteur, je partage l’avis d’Éric Woerth, selon lequel « augmenter le pouvoir d’achat ne peut tire que la résultante d’un système de production et de qualification performant (3) ».

Car le vrai socialisme, c’est le socialisme de la production.

Or, après trente ans de baisse des charges, le prolo français coute désormais moins cher que son homologue teuton (39 euros de l’heure, contre 41 euros), c’est l’institut patronal Rexecode qui le dit (4). Mais notre déficit commercial ne cesse de se creuser, notre dernière Prix Nobel de chimie, Emmanuelle Charpentier, a fait toute sa carrière à l’étranger, et l’Institut Pasteur n’a pas été foutu de trouver un vaccin.

Alors, Éric, que fait-on?


Jacques Littauer Charlie Hebdo 03/02/2021


  1. «  Aurélien Pradié (LR): « Nous devons réinterroger courageusement notre modèle économique »» (Les Échos,11 juin 2020).
  2. « Guillaume Peltier: « Nous augmenterons de 5% tous les salaires nets »» (Les Échos. 7 décembre 2020),
  3. « J’ai mal à ma droite »: chez les Républicains, les libéraux se rebiffent » (Le Parisien, 25 janvier 2021),
  4. « Indicateurs du coût de l’heure de travail en Europe » (Rexecode:cutt.ly/djOuHmk).