Bolloré entend «bouffer» tous les médias

« Capital » bientôt très essentiel

Le groupe de presse Prisma va prochainement être racheté par Vivendi et donc tomber entre les mains de Vincent Bolloré.

En apprenant la bonne nouvelle, au mois de décembre, les journalistes de « Capital » ont créé une société des journalistes (SDJ). Laquelle prévient aujourd’hui ses lecteurs qu’elle entend conserver sa « liberté éditoriale » et « demande au futur actionnaire d’apporter toutes les garanties au maintien de cette indépendance ». C’est comme si c’était fait.

Connaissant l’oiseau Bolloré, il n’y a même pas de quoi s’inquiéter. Le mensuel économique « Capital » adore fouiner dans les finances des entreprises et enquêter sur les groupes industriels… Son contenu ne devrait donc pas trop évoluer.

Bon, évidemment, « Capital » devra éviter de s’intéresser à certains médias et à l’audiovisuel. Oh, trois fois rien : le groupe Canal et ses filiales (C8, CNews, etc.). Finis aussi les articles sur Canalsat et sur une large partie de l’industrie du cinéma assurée par StudioCanal.

En prime, bien sûr, il sera judicieux de ne plus écrire sur la minuscule agence de pub liée à ces activités : Havas. Ce n’est pas si terrible, mais il faudra aussi ne pas fâcher l’édition : bah, seulement la totalité d’Editis et de ses 49 maisons (Pion, Robert Laffont, Le Cherche Midi, Bordas, Nathan, etc.). Autant dire une liste culturelle restreinte, à laquelle il faudra ajouter un petit producteur de musique : Universal.

Enfin, il sera préférable de ne pas enquêter sur Bolloré Logistics, Bolloré Ports et Bolloré Railways. Autrement dit, tout un pan du fret aérien et maritime mondial, de l’économie afri­caine, de ses ports et de ses chemins de fer, sans oublier le business planétaire de l’huile de palme. Pour les limiers zélés, l’activité pétrolifère de Bolloré Energy, c’est terminé aussi.

Voilà, c’est à peu près tout. Comme l’écrivait la nouvelle SDJ, « « Capital » espère continuer à traiter en toute indépendance l’actualité de ces entreprises, de leurs dirigeants et de leurs concurrents, comme il le fait depuis des années ». Mais bien sûr !

Simplement se souvenir d’une chose, avant : Bolloré considère que tout propos d’un journaliste qui ne lui plaît pas sur un groupe frère relève du dénigrement d’entreprise. Et le fautif est viré sur-le-champ.

A part ça, « Capital » pourra continuer à enquêter en toute liberté. Surtout sur la concurrence.


Article signé des initiales C. N. – Le Canard Enchainé. 03/02/2021