Haro sur les jouets de Darmanin

Darmanin, un chef d’escadrille contrarié par la CNIL et le Conseil d’État

Le projet de Big Brother aérien du ministre de l’Intérieur (fliquer la France grâce à une armada de plus d’un millier de drones) a du plomb dans l’aile. Le 14 janvier, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a ordonné à Beauvau de remiser ses caméras volantes au hangar.

Déjà, en mai, puis en décembre, le Conseil d’Etat avait douché les ardeurs du chef d’escadrille Darmanin, qui voulait utiliser les drones pour surveiller les manifs.

Conséquence : il a dû suspendre, en catastrophe, l’appel d’offres à 4 millions d’euros lancé en avril pour l’achat de 650 machines.

Les 501 appareils déjà acquis (pour quasiment la même somme), dont les deux tiers sont en dotation chez les pandores, sont, eux, désormais cloués au sol. Et 571 fonctionnaires affectés à leur utilisation se tournent les pouces.

Une oisiveté forcée dont Beauvau n’a pas follement envie de faire la pub.

Il faut dire que, en dépit de la sévère mise en garde du Conseil d’Etat, la direction générale de la police s’était dépêchée de faire former 174 télépilotes par l’armée de l’air à Salon-de-Provence.

Ces fauconniers, en premier lieu, avaient bûché pour décrocher un « certificat d’aptitude théorique de télépilote », sorte de Code de la route aérien. Désormais, faute de matériel, assurer leurs 50 heures de vol obligatoires pour ne pas perdre leur qualification risque d’être coton…

Avant de pouvoir bosser de nouveau, les télépilotes de l’Intérieur devront patienter au moins jusqu’au printemps et le vote de la proposition de loi Sécurité globale. A condition que, cette fois, Darmanin obtienne l’autorisation de décollage…


Christophe Labbé – Le Canard Enchainé – 37/01/2021