En attendant la pause au logis

Ya pas d’quoi rire … si t’es pas sage j’te confine !

Après les variants anglais, sud-africain, brésilien, japonais et même californien du Covid 19, voici les variantes et les variations.

Les variantes de reconfinement, sur lesquelles l’exécutif n’a pas fini de transpirer. Et les variations de discours de ceux qui, depuis une semaine, ont sur-annoncé le dit reconfinement comme déjà acté.

L’exemple le plus éloquent de ces affirmations à géométrie variable est celui du président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy. Lequel, entre dimanche et mardi, a spectaculairement changé d’avis.

Après avoir martelé sur BFM l’« urgence » de reconfiner au plus tôt face à «ce virus diabolique » et à ses mutants, il a expliqué 48 heures plus tard, dans « Libé », qu’on n’était « pas à une semaine près ». Que s’est-il passé entre-temps ?

Les courbes épidémiologiques en hausse lente mais constante ne se sont pas inversées. Non, c’est simplement que cette sortie un rien péremptoire et appuyée après un article du « Journal du dimanche » détaillant déjà les modalités du « reconfinement imminent » a sérieusement énervé Macron. La pression à la fois médicale et médiatique sur l’air du reconfinement si inéluctable qu’il était déjà instauré avant d’être décidé n’est pas, bien sûr, la raison première qui a poussé le locataire de l’Élysée à temporiser.

Les conséquences sociales et économiques d’un nouveau confinement ont évidemment pesé en priorité. Mais dans la foulée, même Castex, ami de la « surmultipliée », a dû passer la marche arrière. Lui qui annonçait, lundi, que « des décisions importantes [seraient] prises » sans tarder, a promptement rectifié en « rien n’est acté ». Face aux variations d’humeur aussi, il faut savoir varier !

Même si «on n’est pas dans l’extrême urgence », comme le dit désormais Delfraissy, « le tableau est sombre » et l’urgence toujours d’actualité. Pas celle pour Macron, au risque de donner à nouveau l’impression de cafouillage de communication, de vouloir montrer qu’il n’aime pas se sentir contraint dans ses décisions. Mais, d’abord, l’urgence de prendre les bonnes, et à temps.

D’autant que, après deux confinements, si un troisième s’avère nécessaire, il s’agit de ne pas se planter. De tenir compte dans ces temps aux perspectives brouillées où l’inquiétude grandit et où explosent les consultations psy du fameux « seuil d’acceptabilité ». Surtout alors que, entre les errements précédents, les problèmes d’approvisionnement qui ne cessent d’allonger et de rallonger les délais de vaccination et les incertitudes sur les labos français, après l’abandon par l’Institut Pasteur de son vaccin, le fond de l’air sent de nouveau la défiance. Surtout à droite et à l’extrême droite.

Nous n’en sommes certes pas encore, comme chez plusieurs de nos voisins, à des manifs violentes contre les mesures sanitaires coercitives. Et, à force d’entendre parler de troisième confinement « inéluctable » à plus ou moins court terme, le pays semble, à défaut de s’y résigner, être plus ou moins préparé à pareille éventualité.

Pour autant, prendre le temps pour l’exécutif d’y réfléchir, et fût-ce dans l’urgence de bien en mesurer les nécessités et les conséquences, n’est pas forcément contre-indiqué.

Surtout en sachant qu’en cas d’erreur l’opinion peut, elle aussi, très vite varier.


Edito -Canard Enchainé – 27/01/201. Erik Emptaz