Sans doute … inapproprié …

Ne t’en va pas
J’me suis pas préparée du tout
À t’regarder
Plonger à pieds joints dans ce trou

Creusé pour toi
Et au-d’ssus duquel un curé
Te survivra
En prônant des absurdités

Je hais déjà
Celui qui aurait maquillé
D’un teint trop mat
Ton doux visage inanimé

Ne t’en va guère
Je n’connais même pas les fleurs
Que tu préfères
Pour te les j’ter par dessus cœur

Ne t’en va pas
Te confiner aux oubliettes
Je n’suis pas prête

À te coiffer de cette croix
Où l’on aurait
Gravé ton nom avec des dates
Que l’on plant’rait
Comme un vulgaire plant d’tomates

Ne t’en va pas
Nourrir ce grand champ de squelettes
Ne t’en va pas
Ne fais pas ça, ce serait trop bête

Vas-y, respire
N’écoute pas ces maudits docteurs
Qui traitent ton cœur
Comme un fossile, comme un souvenir

Ne t’en va pas
Ça ferait trop d’monde à consoler
Tant pis pour toi
T’avais qu’à pas tant nous aimer

J’t’achèterai pas
De jolie boîte en bois verni
Reviens chez toi
Dans ta maison et dans ton lit

Dis-moi quel ange
Dis-moi quelle volonté divine
Voudraient qu’tu manges
Des pissenlits par la racine

Ça doit déjà
Être bourré d’âmes au firmament
Et t’as pas l’droit
D’abandonner femme et enfants

Vas-y, bats-toi
T’es un vrai lion, sors-nous tes griffes
Ne t’endors pas
À l’étage des soins intensifs

C’est pas ton heure
Et ça n’est pas demain la veille
Que ton grand cœur
Aura à c’point besoin d’sommeil

Ne t’en va pas
J’vais t’en payer des grands voyages
Où tu voudras
Au Grand Canyon ou à la plage

Mais pas là-bas
Où l’monde débarque sans bagages
Je sais qu’t’es pas
Encore rendu au bout d’ton âge

C’est pas fatal
Simplement parce que c’est critique
Je sais qu’t’as mal
Je suis peut-être égocentrique

Mais j’te l’demande
Parce que je l’sais
Qu’j’m’en r’mettrais pas
Ne t’en va pas
J’me sens pas encore assez grande

Pas assez forte
Pour te laisser aller cogner
À la vieille porte
D’une gourmande éternité
Reviens chez toi

Et laisse le ciel te mériter


Lynda Lemay