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« Les Sandales blanches », tiré du roman éponyme de la chanteuse lyrique Malika Bellaribi Le Moal, retrace son incroyable parcours de vie. […]

Amel Bent, vous êtes l’héroïne de ce téléfilm, comment ce projet a-t-il atterri entre vos mains et pourquoi, vous qui êtes chanteuse mais pas actrice, l’avez-vous accepté ?

Quand on m’a envoyé le scénario, je l’ai mis à la poubelle (rires). C’était un premier rôle, et je ne suis effectivement pas actrice. Mon manager a protesté et insisté. J’étais sur le point de donner à manger à mes enfants, j’avais les casseroles sur le feu, et je cherchais surtout des raisons de ne pas m’impliquer dans ce projet. Mais au bout de la quinzième page, bouleversée, les larmes aux yeux, j’ai dévoré le scénario, et crié à mon mari de s’occuper des enfants.

Je ne connaissais pas Malika Bellaribi, et son histoire m’a touchée. Ensuite, j’ai eu un vrai coup de cœur pour les producteurs, Jean-Lou Monthieux et France Zobba, d’Eloa Prod, qui essaient de défendre la représentation des minorités à la télévision. Ils mènent un combat, sans violence, avec humanisme et bienveillance. Pour eux, j’étais Malika. J’avais peur de ne pas être à la hauteur. Une fois que j’ai dit oui, j’ai quand même passé des essais !

Malika a une histoire incroyable : à la suite d’un accident, elle ne peut pas aller à l’école, est condamnée à ne pas marcher et à ne pas avoir d’enfants. Et elle transcende toutes ces fatalités…

C’est que cette histoire n’est pas du tout misérabiliste, alors que tous les marqueurs pouvaient y amener : Malika est arabe, elle vient de banlieue, elle est handicapée… Et, finalement, à aucun moment elle n’inspire de la pitié, parce qu’elle se bat. Et c’est là où je me suis un peu retrouvée en elle.

Des Malika, il y en a plein. En même temps, sa vie est unique, sa trajectoire est unique. Comme toute histoire humaine.

La banlieue est toujours stigmatisée, mais c’est juste un endroit où se forgent des destins ?

Amel Bent C’est un décor comme un autre ! J’en viens, et je n’en ai pas souffert, d’ailleurs. On a essayé de m’entraîner dans ces images-là, dès que j’ai donné des interviews. On me demandait si j’avais peur des grands du quartier, si je pouvais m’habiller comme je voulais… Chez moi, les grands du quartier m’amenaient dans les castings quand ma mère n’avait pas le temps, me donnaient des CD.

Pour le documentaire « les Secrets de la Belle endormie », sur France 3, vous avez écrit un texte sur La Courneuve, où vous avez grandi. Et vous dites : « Il y a 17 ans que j’ai quitté La Courneuve. Et cette ville ne m’appartient plus. Mais moi je lui appartiendrai toujours. » C’est ce qui résume votre rapport à la banlieue ? Cette appartenance à un territoire ?

La Courneuve, c’est mon terroir. Cette ville, elle m’a construite, c’est là-bas que je suis devenue qui je suis, et je pense être quelqu’un de bien. Je dois un peu de ce que je suis à tous les gens qui ont fait cette ville, qui la font encore. Elle ne m’appartient plus parce que je n’y vis plus. Mais il y a une part de moi pour toujours dans ces barres. Ne serait-ce que par l’ouverture culturelle : j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour du monde dans mon quartier. Je n’ai pas une once de racisme dans mon corps, parce que j’ai eu la chance de grandir avec toutes les communautés, toutes les religions et les non-religieux. Cette promiscuité, elle nous aura appris le vivre-ensemble. Peut-être malgré nous, parce que nous ne savions pas que nous avions d’autres options, à l’époque. Mais ce sont des atouts.

Dans le film, Malika se fait rejeter de façon très brutale par sa mère. Comment y réagissez-vous ?

Amel Bent Sa relation avec sa mère, c’est la base de sa destruction. Elle dit que sa mère a eu une vie très difficile, et qu’elle s’est construite sur ce rejet. La conduite de la maman de Malika va au-delà des limites de ce que je peux comprendre ou intellectualiser.

J’ai grandi dans un matriarcat : ma mamie a été veuve à 30 ans, et j’ai été élevée par une femme seule… J’ai donc été aimée, élevée, construite par des femmes. Quand ma propre fille a de la fièvre, je tremble des pieds à la tête. Et dans l’histoire de Malika, c’est le papa qui donne de l’amour et la maman qui sans cesse envoie de la malveillance, de la méchanceté, du mépris. Je ne la juge même pas : c’est au-delà de mes compétences. D’accord, elle s’est retrouvée seule avec quatre enfants, dont une fille handicapée, mais pourquoi tant de mépris, de méchanceté ?

Amel Bent La transmission, c’est le vrai fil conducteur de ce film. Éveiller ne serait-ce qu’une seule conscience, changer le destin d’au moins une personne. Et c’est ce que fait Malika, dans la vraie vie.

Il y a quelque temps, un journaliste m’a demandé si quelqu’un avait changé ma vie. Et non, en fait. Je n’ai pas rencontré une personne qui a changé mon destin. J’ai rencontré des dizaines et des dizaines de personnes. Et c’est ça qui est génial : on est la somme de tellement de choses, de tant de rencontres. Tout comme Malika. Et c’est ça, pour moi, la vraie morale.


Entretien réalisé par Caroline Constant – Source (Extrait)


Les Sandales blanches, de Christian Faure, avec Amel Bent. À voir sur France2, le 25 janvier, à 21h 05.