Il devait passer « au blanc » …

Les petits cochons sont roses … par conséquence la viande de porc (notamment le jambon) doit l’être dans le subconscient … pour se vendre et consommer au quotidien … oui … mais non, la viande est naturellement blanche … mais … Y a pas d’mais …

La Fédération des Industriels Charcutiers Traiteurs (FICT), n’a pas digéré le rapport parlementaire adopté à l’unanimité, le 13 janvier, par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale qui demande l’interdiction progressive des additifs nitratés dans la charcutaille. Cela fait six ans que l’OMS a décrété la charcuterie « cancérigène probable pour l’homme » à cause notamment, de l’usage immodéré desdites substances (« Conflit », 13/9/17). Des joyeusetés que l’on retrouve au rayon charcuterie sur 75 % des étiquettes, derrière les codes E249, E250, E251 et E252, qui permettent de repousser la date de péremption.

Plus dur à avaler pour la FICT, l’un des rapporteurs, le député MoDem Richard Ramos, a déposé dans la foulée une proposition de loi pour bannir d’ici a 2025 les sels nitrités. Tout cela avec la bienveillante neutralité du ministre de l’Agriculture.

Julien Denormandie est convaincu que le lobby de la charcuterie industrielle a perdu la bataille de l’opinion. La pétition lancée par la Ligue contre le cancer, l’association de consommateurs Foodwatch et l’application d’informations nutritionnelles Yuka, « Stop aux nitrites ajoutés dans notre alimentation », additionne plus de 300.000 signatures.

Le ministre de l’Agriculture, qui s’est fait étriller par les défenseurs des abeilles pour avoir autorisé de nouveau, de manière temporaire, les néonicotinoïdes dans les champs de betteraves, espère regonfler sa cote de popularité avec l’interdiction des nitrites.

Toutefois, pour ne pas se mettre à dos l’industrie charcutière, laquelle compte parmi ses membres de grosses coopératives agricoles, comme la Cooperl, qui transforme chaque année en Bretagne près de 5 millions de porcs, le ministre a pris soin de commander en juin à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) un rapport sur le sujet.

Le calendrier est aux petits oignons, puisque le projet de loi d’interdiction des nitrites ne sera discuté à l’Assemblée nationale qu’après que l’Anses aura rendu sa copie, soit début juillet, selon les infos du « Canard ». C’est toujours plus confortable de s’abriter derrière une agence sanitaire…

Il est vrai que le lobby du cochon a deux proches du chef de l’Etat dans sa poche. En l’occurrence, le lobbyiste des chasseurs Thierry Coste, qui défend les intérêts de la FICT, et l’actuel vice-président de la région Bretagne chargé du dossier agricole, Olivier Alain, ex-conseiller agriculture de Macron pendant la campagne.

Un lobbying franco de porc ?


Article non signé – Le Canard Enchainé 20/01/201