“France Soir” pourvoyeur de Fake-news

Sur le site qui profite de la notoriété du grand quotidien de jadis fleurissent les thèses les plus extravagantes sur le Covid, Trump, les sectes et bien sûr la pédophilie.

On devrait encore bien rire, en 2021, avec le site France Soir. Un modèle de ce qui se fait de mieux, actuellement, sur la Toile : sujets fourre-tout, fake news à gogo, complotisme en veux-tu en voilà…

A un détail près : il ne s’agit pas d’un blog obscur. La marque France Soir a toujours le pouvoir d’attirer les curieux. Et d’embobiner le chaland !

Son propriétaire, Xavier Azalbert (ancien de la banque et du business en ligne), a mis la main sur la web gazette en lambeaux il y a cinq ans. Une ruine du quotidien de jadis, déjà très éloignée de sa dernière édition papier, liquidée en 2011 par l’oligarque russe Pougatchev…

A son arrivée, le patron de presse Azalbert a pris la première mesure qui s’imposait : il a limité le nombre de journalistes, qu’il a en horreur, et a fini par en occire le dernier carré à la fin de 2019. Depuis, c’est la fête à la maison !

Ça Trump énormément

Sur « francesoir.fr », l’année 2020 s’est achevée en beauté, avec le « palmarès France Soir des personnalités de l’année ». Et le grand gagnant est… André Bercoff ! Un lauréat de choix, « une bouffée d’air frais dans un paysage médiatique si souvent étouffé », s’extasie France Soir, qui n’a pas dû ouvrir la fenêtre depuis un moment.

Réac au bout du rouleau, Bercoff ne déçoit pas le jury. Une semaine plus tard, la « bouffée d’air frais », découvrant les images du Capitole (6/1), s’oublie gentiment sur Twitter : « Ce qui se passe aujourd’hui à Washington, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, c’est le début d’un printemps américain. Il y eut une fraude massive, il y a un peuple qui ne l’accepte pas. La lobotomie n’a pas complètement réussi. Amen. »

Trois jours après, sur France Soir, la messe est dite.

Un très sérieux « contributeur » est en mesure de confirmer ce qu’il s’est passé au Capitole : la « tentative de coup d’Etat » n’est pas celle que l’on croit. «Il n’est pas besoin de chercher longtemps pour constater que les antifas ont joué le rôle des Black Blocs français pour discréditer la manifestation et donner une image désastreuse de Trump. »

Pourquoi donc ?

Parce que ce sauveur a osé s’attaquer aux « réseaux de traite des êtres humains », et particulièrement des « enfants ». Trump a même bâti son « mur avec le Mexique afin d’enrayer le trafic des enfants enlevés à la frontière à leurs parents pour finir dans les réseaux de la criminalité sexuelle ».

Il était temps que la vérité éclate ! Et, vu la manière dont France Soir fonctionne, elle ne peut qu’éclater.

Des collaborateurs recrutés par mail, pour la plupart anonymes (mais toujours « experts », cela va de soi) écrivent ce qu’ils veulent, et surtout ce qui plaît au proprio Azalbert, qui noie ensuite leurs élucubrations au milieu de très sérieuses dépêches AFP.

Même lorsqu’il s’agit d’évoquer l’affaire Olivier Duhamel, l’angle de traitement n’est plus celui d’une sommité protégée par ses pairs. Une « ancienne élève de Sciences-Po » témoigne (13/1) : « Rétroactivement estomaquée, je ne peux m’empêcher de me demander si nous, étudiants, n’en avons pas été aussi victimes ? Dans quelle mesure ces doubles vies menées transparaissent-elles insidieusement dans leur enseignement, dans leur façon de former la nouvelle génération, comme le loup dans la bergerie, qui reste tapi dans l’ombre ? » Voilà comment on a « formé » une génération d’élèves pédophiles !

Évidemment, le Covid n’a pas amélioré la santé éditoriale de France Soir.

On peut lire sans modération (18/1) : « Le vaccin Pfizer augmente-t-il le risque de contaminations et de morts par Covid-19 ?» Mieux encore : « Anticovidisme, la nouvelle secte mondiale » (13/1), un papier qui prouve que le virus est utilisé pour « tuer dans l’œuf toute velléité de penser librement ».

 L’auteure, « victime d’une secte », le sait : « C’est la mise en place à l’échelle mondiale du même type d’endoctrinement que celui que j’ai subi. » Et de conclure : « « Plus le mensonge est gros, mieux il passe », disait Joseph Goebbels (…). Notre secte mondiale actuelle dispose de moyens technologiques et financiers autrement imposants pour pénétrer jusqu’au tréfonds de notre être et nous transformer en adeptes fanatiques. Elle sait instiller la peur et obtenir le consentement bien plus vite et bien plus efficacement que Hitler, Staline ou Mao auraient pu le rêver. »

Heureusement que la « secte mondiale » n’a pas encore contaminé France Soir…


Christophe Nobili – Le Canard Enchainé 20/01/201