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… de clamer partout que la France est « championne du climat »….

Aller jusqu’à promettre un référendum sur la question. Et finir par se faire bêtement taper sur les doigts. Pas par des amish ou des zadistes ! Par des hommes et des femmes de loi dont le boulot consiste à rappeler cette stupéfiante vérité : dans un État de droit, l’Etat doit respecter le droit.

Les objectifs de l’accord de Paris sont clairs. Pas plus de 1,5 °C d’augmentation de la température d’ici à 2100 sur la planète. Pour y parvenir, chaque pays doit baisser fortement ses émissions de gaz à effet de serre. Évidemment, il faut y aller par étapes. La France s’y est engagée : dès 2030, elle émettra 40 % de gaz en moins. Et ce afin d’atteindre le Graal, cette année 2050 où, promis-juré, elle parviendra à la « neutralité carbone » : tous les gaz à effet de serre qui, dans notre beau pays, continueront d’être rejetés dans l’atmosphère seront « compensés », absorbés, stockés, bref, le paradis.

En attendant, sommes-nous sur la bonne trajectoire ?

Celle qui permettra d’atteindre le premier objectif fixé dans neuf ans ? Non, disent quatre associations, Greenpeace, la Fondation Nicolas Hulot, Oxfam et Notre affaire à tous. Cette bataille-là est d’ores et déjà perdue, affirment-elles, chiffres en mains.

Des chiffres tout ce qu’il y a de plus solide, publiés par le Haut Conseil pour le climat.

Après avoir lancé à grand tapage, voilà deux ans, une pétition dénonçant l’« inaction climatique » de l’Etat (2 millions de signatures), les quatre ONG l’ont attaqué en justice pour « carence fautive ». Elles l’accusent de ne pas tenir ses propres engagements.

Très attendue, une première séance s’est tenue jeudi 14 janvier au tribunal administratif de Paris. La rapporteure publique allait-elle ou non les soutenir ? Oui : elle a argumenté deux heures durant, pour conclure que le tribunal devait condamner l’Etat (ce qu’il devrait faire dans les quinze jours, à moins que, contre tous les usages, il aille contre l’avis de la rap­porteure). Certes, il n’aurait que 1 euro symbolique à payer. Mais quand même. Ça ferait tache…

Déjà que, le 19 novembre, le Conseil d’État, sur plainte de la commune de Grande-Synthe, l’a sévèrement jugé sur le même sujet. « La ,France, au cours des dernières années, a régulièrement dépassé les plafonds d’émission qu’elle s’était fixés », a relevé cette autre juridiction, avant de donner trois mois à l’exécutif pour dire comment il comptait redresser la barre.

Avouons-le : ces batailles juridiques n’ont rien de très palpitant.

Croit-on vraiment que l’avenir de la planète se joue devant un tribunal administratif ? Sans compter que la France ne génère que 1 % des émissions mondiales. Mais, ne rien faire, « s’exonérer de l’effort commun tout en profitant de l’action des autres », cela reviendrait à faire jouer à la France le rôle de « passager clandestin », note Laurent Fabius (1), qui présida la COP21.

Un bon procès peut dégonfler la baudruche.


Jean-Luc Porquet. Le Canard Enchainé. 20/01/2021


(1) « Rouge carbone », L’Observatoire, 256 p., 19 €.