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« Passer à la suite… »

Aux États-Unis, bien sûr, où, ce mercredi, à l’heure française du couvre-feu, sonnera enfin l’heure de la sortie pour Donald Trump. Une sortie que sa conduite après sa défaite et l’entrée par effraction de ses adeptes au Capitole ont rendue peu glorieuse, mesquine et amère.

Comme celle d’un indélicat locataire quittant les lieux après avoir crevé les coussins, salopé les rideaux ou piqué les petites cuillères. La suite pour lui, même s’il conserve un fan-club de près de la moitié du pays, sera une autre affaire. Et même plusieurs. Celles qui étaient les siennes avant son entrée à la Maison-Blanche et qui sont dans un sale état financier. Mais aussi les affaires judiciaires, qui, de fraudes en agressions sexuelles, risquent fort de ressortir sans tarder. Une suite en forme de poursuites.

Mais, en attendant, passer à la suite est évidemment la préoccupation première de Joe Biden.

Le président le plus âgé de l’histoire américaine est un homme pressé.

Il n’a pas attendu la prestation de serment, la passation des pouvoirs sans Trump et sans public ni son entrée dans les locaux, qu’il connaît bien pour les avoir déjà fréquentés sous Obama comme vice-président, pour s’atteler à la tâche. Il a de quoi faire. Et, surtout, à coups de décrets qu’il va commencer à signer en série dès ce mercredi, de quoi défaire et refaire pour remettre sur pied tout ce que son prédécesseur s’était empressé, à peine arrivé, de dé-zinguer. Avant la suite, qui, à bien des égards entre une marge de manœuvre étroite dans un pays divisé et une courte majorité pour gouverner, ne s’annonce pas comme une promenade de santé, c’est son travail pour tout de suite.

Il s’agit d’annuler sans attendre et de remplacer en signant des executive orders nombre de décisions de l’ère Trump.

Tous les secteurs sont concernés, […] mais aussi et surtout, en priorité, la crise sanitaire, face à laquelle Trump, a dangereusement montré une délirante impéritie. Elle a permis à Biden de faire, avec succès, campagne sur le sujet, mais c’est désormais l’urgence des urgences pour lui.

Chaque jour, le nombre de morts et celui des contaminations maintiennent les États-Unis au sommet du funeste podium des pays les plus touchés au monde par la pandémie. Un pays où la vaccination, même sans pénurie, est encore loin, très loin de permettre de pouvoir passer à la suite.

 […]


(Extrait) Édito d’Erik Emptaz – Le Canard Enchainé – 20/01/2021


Autre analyse

Le champ de ruines laissé par Donald Trump est aussi un champ d’espoirs pour nombre d’Américains. Ils attendent du 46e président des États-Unis, qui entrera en fonction officiellement ce mercredi, des politiques audacieuses sur le Covid, les inégalités sociales et le racisme systémique.

Ce mercredi 20 janvier 2021, vers midi, l’Amérique sera (définitivement ?) débarrassée de Donald Trump. […] Le contexte dans lequel le 46e président du pays prêtera serment sur les marches du Capitole, deux semaines après que des militants et miliciens ont tenté d’y pénétrer afin d’empêcher la certification de son élection, n’échappe pas à cette nouvelle règle. […]

« Des attentes significatives »

Lorsqu’il en aura terminé avec sa prestation de serment, Joe Biden, le plus vieux président de l’histoire du pays (78 ans depuis deux mois), fera face à un triptyque sans précédent :

  1. la pire division depuis la guerre de Sécession (1861-1865),
  2. la pire situation économique depuis le krach de 1929,
  3. la pire crise sanitaire depuis la grippe espagnole en 1919.

Pour autant, le champ de ruines laissé par le trumpisme et un système social intrinsèquement inégalitaire est aussi un champ d’espoirs (certes mesurés) pour une partie de l’Amérique.

Le traditionnel sondage Gallup qui précède l’entrée en fonction d’un nouveau président a été accompagné de ce commentaire : « Les attentes vis-à-vis de l’administration Biden sont significativement plus importantes que celles pour l’administration Trump dans sept domaines politiques :

  1. Environnement,
  2. Education,
  3. Respect international,
  4. Amélioration des conditions de vie des minorités,
  5. Le système de santé,
  6. Relations raciales
  7. Maintenir les États-Unis hors des guerres. »

En annonçant, avant même son arrivée dans le Bureau ovale, un plan de relance assez ambitieux puis en signant, aussitôt installé à sa table de travail, une batterie de décrets, Joe Biden envoie un signal : il compte faire changer les choses. Un peu, beaucoup, énormément ? C’est toute la question.

 […]

Vieux routier de la politique américaine qui a toujours conduit sa carrière au centre de la route, Joe Biden semble en avoir pris acte, ne nommant dans son administration aucun républicain « modéré », contrairement à ce que fit Barack Obama.

 […]


Christophe Deroubaix – Titre original : « États-Unis. Biden président : fin de cycle, début d’une ère ? » Source (Extrait)