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[…] À l’origine de ces tensions, une parodie de « L’Heure des Pros » de CNews réalisée mi-novembre pour Winamax par les anciens humoristes « d’Action discrète » de Canal+.

Parmi eux, Julien Cazarre et Sébastien Thoen, deux visages bien connus des amateurs de sport sur la chaîne cryptée. Leur parodie du talk de Pascal Praud n’a pas du tout été du goût de l’homme d’affaires Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Canal. 

« Cette séquence est arrivée alors que Julien Cazarre venait de critiquer sur YouTube la direction de Canal+. C’est remonté aux oreilles de Didier Lahaye (directeur adjoint des sports à Canal+) et ça ne lui avait pas du tout plu », explique au HuffPost une source en interne.

Des propos qui ont été le prétexte pour justifier le licenciement de Sébastien Thoen. « On n’accepte pas qu’on dénigre au sein du groupe et en s’affichant avec cette personne (Julien Cazarre, NDLR), il légitimait tous ces dénigrements », déclarera Gérald Brice-Viret, le patron des antennes de Canal+ sur Europe 1 le 9 décembre 2020. 

À ce moment-là, en interne, on est consternés par la tournure que prend cette affaire. « À cet instant, Vincent Bolloré préfère plomber Canal + plutôt que d’entendre des critiques contre sa chaîne info », souligne un autre salarié qui préfère rester anonyme. « Une chaîne qui n’est pourtant pas la ‘chaîne premium’ de notre groupe! C’était sidérant ».

Une lettre de soutien lourde de conséquences

Les salariés réagissent et 150 d’entre eux signent une lettre de la Société des Journalistes (SDJ) pour apporter leur soutien à celui qui collaborait chaque semaine dans le “Canal Sports Club”. 150 personnes ont signé pour défendre la liberté d’expression et de ton. Beaucoup d’autres dans le groupe Canal+, nous le savons, sont en accord avec ces principes. C’est selon nous ce qu’il faut retenir.

Une lettre qui n’est pas sans conséquence pour ses signataires. « Dès que l’affaire a éclaté il y a eu une pression sur la rédaction pour tenter d’étouffer l’histoire », poursuit ce salarié de la chaîne.

Au cours d’une réunion Zoom, Gérald-Brice Viret, Thierry Cheleman (directeur des sports à Canal) et Franck Cadoret (directeur général) mettent les points sur les I et dénoncent l’attitude scandaleuse des signataires qui « auraient dû venir les voir pour avoir des explications ». 

Un management par la peur qui n’est pas sans rappeler celui à CNews lors de l’arrivée de l’éditorialiste Éric Zemmour en quotidienne en octobre 2019. À l’époque, la nouvelle fait grincer les dents de nombreux journalistes qui réfléchissent à la possibilité ou non de faire grève. Pour la direction, « se battre contre Zemmour c’était se battre contre le groupe, se battre contre son propre camp », résumait d’ailleurs l’un d’entre eux au HuffPost.

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Une terreur menée en interne que Vincent Bolloré lui-même semble assumer, comme lors d’un comité d’entreprise en septembre 2015 déjà, peu après son arrivée à la tête du groupe. « La haute direction d’une grande maison mérite un peu de terreur, un peu de crainte, » pouvait-on lire dans le procès-verbal de ce CE que “Les Jours” s’étaient procuré ». « La terreur fait bouger les gens ».

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Quand le télétravail “casse” la grève

Si pour l’heure la possibilité d’une motion de censure ou d’une grève est écartée, certains salariés ont tout de même manifesté leur opposition aux pratiques de Canal. Environ soixante d’entre eux se sont affichés devant le siège de l’entreprise le 5 janvier avec un masque de Stéphane Guy, les yeux crevés. « Avec cette action silencieuse et anonyme, nous voulons signifier que nous sommes tous des Stéphane Guy potentiels, tous susceptibles d’être sanctionnés », expliquait la SDJ de Canal+ dans un communiqué.

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Dans les faits, le rendez-vous n’a pas rassemblé la foule espérée. Il a été plombé par… la pandémie de coronavirus et le télétravail. […]

Les déboires de Téléfoot font ricochet… sur Canal

[…] À la crise du coronavirus, il faut ajouter celle de Mediapro, le groupe sino-espagnol, incapable d’honorer son contrat des droits TV avec la Ligue de Football Professionnel. Cet échec cuisant pour le football français va mettre sur le carreau la centaine d’employés (dont un peu moins de cinquante journalistes) de la chaîne Téléfoot. 

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D’autant que Canal+ a entamé une partie de poker avec la ligue de football pour tenter de redevenir (potentiellement) le diffuseur principal du football français. Et si le groupe Bolloré y parvenait, il aurait alors besoin de petites mains pour confectionner encore plus de programmes de Ligue 1 et de Ligue 2. Autant de raisons de marcher dans le rang pour les soldats de Canal+. « J’ai l’impression que ça ne dérangerait pas la direction de baisser en qualité si en échange ils gagnaient une équipe plus docile et qui respecterait sagement la ligne Bolloré en restant dans le rang », ajoute d’ailleurs un journaliste. 

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Clément Vaillant. The HuffPost. Titre original : « À Canal+, la terreur en interne après les affaires Sébastien Thoen et Stéphane Guy ». Source (Extrait)