Diffusion du Foot : Bolloré (re)positionne Canal+

Pendant que les clubs de foot français, privés de 800 millions d’euros après le fiasco Mediapro, crèvent la dalle et ramassent les miettes, dans les hautes sphères c’est un autre match qui se joue.

Il y a une tout autre ambiance dans les gradins : entre la Ligue de football professionnel, le groupe Canal Plus et l’Etat, c’est plutôt le souk de Marrakech, le marché aux poissons du Vieux-Port de Marseille. On fait semblant de lorgner le produit, on tourne, on vire, on se renifle, on pipote, on bluffe et on joue au plus malin.

Dans ce rôle-là, le champion Vincent Bolloré et son groupe Canal nagent comme des requins dans l’eau. Ils font durer le suspense, attendent que la proie s’épuise. Ils auraient tort de se gêner, ils sont en position de force, repreneurs naturels des droits du foot français, messies de toute une économie et, en prime, sauveurs potentiels des futurs chômeurs de la chaîne Téléfoot de Mediapro, qui tire le rideau le 31 janvier.

Pour un champion des licenciements de journalistes amateurs de foot, ça doit être le pied !

Bolloré est également en train de jouer à un autre jeu, à en croire « Le Monde » (8/1) : en échange de sa bonne volonté et de son chèque pour le foot tricolore, il tenterait d’obtenir de l’Elysée quelques douceurs. D’ores et déjà drapé dans sa déontologie, et vu que Macron n’est pas vraiment son ami, l’Elysée aurait dit niet à Bolloré : pas question de mélanger le service public et les affaires privées !

Pour l’instant, le milliardaire pousse donc aux prolongations, et voilà le résultat : Canal a proposé 590 millions d’euros (et quelques kopecks de plus) et il rêve d’une baisse de la TVA de 10 à 5 % sur les abonnements. Mais le groupe souhaiterait également une réforme du calendrier de diffusion des séries et des films, pour mieux concurrencer Netflix.

Enfin, si Canal, qui ne perd jamais une occasion de rogner sur ses engagements dans la création cinématographique, pouvait aussi décrocher des ristournes de ce côté-là, ce serait formidable !

Le négociateur breton garde au moins un point commun avec l’ex-banquier d’affaires Macron: pour eux, la culture est toujours la variable d’ajustement…


Article signé des initiales C. N. – Le Canard Enchainé – 13/01/2021