Une affaire qui ressort

Telle l’aventureuse intéressée Pénélope Fillon, Cécilia Sarkozy en son temps émargeait grâce aux deniers publics …

Quand Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur, madame Cécilia était payée en loucedé par la députée suppléante de monsieur à l’Assemblée nationale.

Souvenirs, souvenirs…

A Puteaux (Hauts-de-Seine), le vaccin contre les affaires, ce n’est pas pour demain ! Après avoir été secouée par l’interminable enquête sur le chauffage urbain de la Défense, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, la maire LR de la ville, a été mise en examen, le mois dernier, pour une vieille histoire de lingots d’or planqués dans des paradis fiscaux. Et voici qu’une troisième vague l’éclabousse, elle et son ancien mentor, Nicolas Sarkozy.

« Le Canard » a mis la palme sur d’étonnantes feuilles de paie de « collaborateur de député », établies au nom de Cécilia Sarkozy, la deuxième épouse de Sarko, dont elle a divorcé en 2007, au lendemain du sacre élyséen. Cette paperasse ne date pas d’hier, mais elle fait bien rire. Elle montre qu’en 2002, alors que sa moitié assistait Sarko à plein temps au ministère de l’Intérieur (comme elle le soulignait elle-même), Cécilia était salariée à l’Assemblée par la députée, suppléante de son mari, Joëlle Ceccaldi-Raynaud.

Cette situation a duré neuf mois, selon le cabinet de Nicolas Sarkozy. Avec le recul, on comprend mieux pourquoi Sarko s’est montré si discret, au moment de l’affaire Fillon, sur ces vilaines histoires d’emplois fantômes…

Salaire sur mesure

En juillet 2002, Sarko, fringante vedette du gouvernement de Chirac, vient de se faire réélire député de la 6e circonscription des Hauts-de-Seine (Neuilly et Puteaux). Comme le prévoit le Code électoral, le ministre abandonne son siège et est remplacé illico par Joëlle Ceccaldi-Raynaud, vice-présidente du conseil général et première adjointe à la mairie de Puteaux. A peine installée, la nouvelle plein de 8 000 euros d’aujourd’hui (inflation comprise).

Pure coïncidence : au même moment, Pénélope Fillon était embauchée (6 009 euros net à temps complet) par Marc Joulaud, le suppléant du député de la Sarthe, un certain François Fillon, devenu ministre du Travail.

C’est à se demander qui a copié sur qui…

En 2002, Joëlle Ceccaldi-Raynaud ne pouvait, évidemment, rien refuser à Sarkozy. D’autant que, lors des années précédentes, elle avait été elle-même payée par le cabinet du maire de Neuilly, Nicolas Sarkozy. A l’époque, « Le Nouvel Obs » avait déballé cette histoire et mis en doute la réalité du job.

Amnésie sélective

Passionné d’archéologie, « Le Canard » a cherché à en savoir plus sur les circonstances de l’embauche de Cécilia Sarkozy par Ceccaldi-Raynaud et sur ses missions à l’Assemblée. Un vrai chemin de croix ! Pas un article, pas le moindre reportage, pas un seul des multiples ouvrages consacrés à l’ex-première dame ne mentionne son boulot d’attachée parlementaire auprès de la députée de Puteaux.

A lire sa propre autobiographie, « Une envie de vérité » (Flammarion), parue en 2013, une cruelle vérité s’impose : Cécilia ne fait jamais mention de cet emploi.

Au contraire, elle insiste sur son omniprésence, Place Beauvau où elle disposait d’un bureau aux côtés de son ministre d’époux.

Dans le magazine « Envoyé spécial » diffusé sur France 2 le 19 décembre 2002, elle crânait d’ailleurs volontiers : « Je ne suis pas rémunérée, et je travaille de façon bénévole auprès de mon mari. »

Détail cruel : son contrat avec Joëlle Ceccaldi-Raynaud indiquait comme lieu de travail « mairie de Neuilly-sur-Seine », où elle n’occupait pourtant aucun bureau. « A quel titre en aurais-je ? Je ne suis rien ! » avait-elle lancé à la journaliste Anna Bitton, auteure d’un « Cécilia » (Flammarion, 2008).


Une abnégation digne de Pénélope ! Article signé des initiales I. B., H. L. et C. N. – Le Canard – 13/01/2021

Dessin d’Aurel – Le Canard Enchainé – 13/01/221