Étiquettes

« L’école prépare les enfants à vivre dans un monde qui n’existe pas ». Albert Camus

Si inviter les élèves à discuter de caricatures de figures religieuses peut coûter la vie à un enseignant, même dans la France d’aujourd’hui, préparer les enfants à un monde qui exige pensée critique et liberté de conscience est un défi.

C’est une tâche encore plus difficile si les institutions religieuses sont autorisées à influer sur l’éducation, comme elles le font encore dans le monde entier.

La France est un des rares pays à disposer d’un système éducatif entièrement laïque, à l’abri des influences religieuses. En effet, la convention de l’Unesco concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l’enseignement et la Convention européenne des droits de l’homme protègent la liberté des parents à choisir l’éducation religieuse de leurs enfants, en fonction de leurs propres convictions. Cela n’implique toutefois pas que ces choix éducatifs doivent être financés par les États.

Néanmoins, environ un tiers des 20.000 écoles subventionnées par l’État en Angleterre sont des écoles religieuses, qui enseignent un programme général axé sur la foi ou ayant des liens directs avec des organisations religieuses.

  • Pays-Bas, l’enseignement est divisé entre les écoles publiques laïques et les « écoles particulières », qui enseignent sur la base d’une religion. Et là-bas aussi, l’État finance les deux types d’écoles.
  • Angleterre, Allemagne et Finlande, les cours d’éducation religieuse font partie du programme scolaire obligatoire.
  • Ces cours ne sont que proposés en Autriche, en Grèce, en Pologne, en Lettonie et en Roumanie, avec la possibilité de suivre un cours d’éthique à la place.

Les professionnels de l’éducation dénoncent souvent le fait que les cours de religion créent des divisions entre les enfants, ainsi que de l’exclusion, car ils ne sont souvent consacrés qu’à une seule confession. Ils ont également un impact sur la formation de l’identité religieuse des enfants avant qu’ils n’atteignent l’âge de raison. Et, ce qui est encore plus dangereux, ils donnent autant d’importance aux croyances qu’aux connaissances.

À côté des écoles religieuses financées par l’État, l’Europe compte de nombreux établissements confessionnels privés qui imposent souvent aux enfants certaines tra­ditions religieuses. Par exemple, selon une étude menée par le Sunday Times, 18 % des écoles primaires dans 11 régions d’Angleterre autorisent le hijab comme élément de l’uniforme scolaire et, selon la National Séculaire Society, 59 écoles islamiques, dont 27 primaires au Royaume-Uni, ont un uniforme avec hijab obligatoire.

  • En Russie, où l’éducation laïque a été héritée de l’ère soviétique, l’Église orthodoxe russe trouve également de nombreux moyens d’endoctriner les enfants avec ses idées régressives. Les prêtres proposent aux écoles des conférences sur les rôles de genres et la nocivité de la contraception, qui constituent souvent la seule éducation sexuelle dispensée aux élèves.

En effet, l’Église a recommandé au gouvernement de faire face à la crise démographique en Russie en évitant d’introduire l’éducation sexuelle dans l’enseignement. Et, il y a quelques mois seulement, le président de la commission sur la famille et l’enfance de l’Église orthodoxe russe a déclaré que les filles ne doivent pas aller à l’école, mais qu’elles doivent plutôt « apprendre comment devenir mères » …

Quant aux pays où les religions jouent un rôle encore plus important, les abus ne connaissent parfois aucune limite.

Ainsi, il y a quelques mois, Fateh Al-Rahman Al-Hamdani, journaliste soudanais, a filmé sous couverture des abus physiques commis sur des enfants dans 23 institutions d’éducation islamique du pays, connues sous le nom de « khalwas ».

Al-Hamdani a rendu publique sa vidéo sur la BBC, montrant comment, entre les cours coraniques, les élèves sont sévèrement battus, attachés avec des chaînes métalliques par les religieux responsables des écoles.

Il y a près de 30.000 khalwas au Soudan, et ces « écoles », qui n’enseignent aux enfants que la superstition et la violence, reçoivent de l’argent du gouvernement et de donateurs internationaux.

Ce type d’affaire, au même titre que l’enlèvement de centaines d’élèves par les fanatiques de Boko Haram, nous rappelle que l’éducation et la connaissance sont les ennemis des religions.

C’est d’ailleurs dans les pays où l’islam est majoritaire que le taux d’analphabétisme est le plus élevé dans le monde : 40 %. C’est un fait, pas de l’islamophobie.

Tout cela nous invite à penser que si l’ingérence religieuse n’était pas autorisée dans l’éducation, si les cours de religion n’étaient pas tolérés avant que l’enfant ait atteint l’âge de raison, notre société serait bien différente.


Inna Shevchenko – Charlie Hebdo – 06/01/2021