Silence ont vire …

Pour démanteler un camp de réfugiés, l’Etat envoie les « Rambo » du nettoyage.

N’oublions jamais que les ordres préfectoraux représentent les décisions de l’état en place … MC


Comment raser un campement de réfugiés sans faire de vagues ?

Facile : il suffit d’éloigner journalistes et associations humanitaires. Le 29 décembre 2020, c’est à huis clos que la préfecture du Nord espérait ainsi démanteler un camp de tentes installé dans un bois communal de Grande-Synthe (Nord).

Comme ils l’avaient déjà fait à cinq reprises à Calais et dans la région, les policiers ont encerclé le site, refusant le passage au photographe Louis Witter et à Simon Hamy, son confrère rédacteur.

Les deux professionnels ont donc été contenus plusieurs heures à 300 mètres de la scène, après un contrôle d’identité et la prise en photo de leur carte de presse par « ce qui semblait être les téléphones personnels des policiers », a raconté Witter à l’AFP (31112). Mais les reporteurs, débrouillards, ont contourné l’obstacle et ont dérobé quelques images qui valaient le détour.

A leur arrivée, à 8 h 20, les policiers étaient accompagnés par un huissier et porteurs d’une ordonnance d’expulsion émanant du tribunal judiciaire de Dunkerque, indique la préfecture au « Canard ». Mais, attention, « à aucun moment les fonctionnaires de police n’ont été en contact physique ni avec des personnes évacuées ni avec leurs biens ». Quand même, ils ont toqué aux toiles (plutôt embarrassés, selon les témoins) en demandant à tout le monde de quitter les lieux.

Il n’y a pas de photo ?

Pour faire le ménage (officiellement, ramasser les objets ou déchets laissés sur place), M. le Préfet du Nord a embauché une équipe assez particulière. Cagoule, veste camouflée, bonnet sur les yeux, gants de bûcheron… une quinzaine de gaillards sont arrivés sur zone, couteau à la main, lacérant joyeusement les tentes une à une.

Chasser le l’expatrier Kurde ou l’Iranien, pour l’empêcher de revenir, c’est mieux.

Il faisait 3°C à l’extérieur, le sol était détrempé, il y avait des enfants parmi la centaine de réfugiés, et tous les effets personnels qui n’avaient pu être sauvés de la boue ont été envoyés à la benne. « Quatre-vingt-trois personnes ont bénéficié du dispositif de mise à l’abri », claironne la préfecture, après avoir détruit leur refuge.

Et, si Louis Witter n’avait pas rusé pour faire son travail, cet élégant fait d’armes serait passé inaperçu. C’eût été dommage.

C’est pourquoi les deux reporteurs, conseillés par les avocats du Syndicat national des journalistes, ont déposé un référé-liberté auprès du tribunal administratif de Lille pour « entrave à la liberté d’informer », enjoignant aux préfectures du Nord et du Pas-de-Calais de les laisser travailler librement.

Leur requête a été rejetée mardi.

Après la préfecture, la justice rappelle sèchement que les journalistes sont des seconds couteaux.


Sorj Cholandon. Le Canard Enchainé. 06/01/2021