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Alerte les mentalités changent et ce n’est pas dans le sens d’une moralité et respect de la collectivité … MC

Un enfant de 8 ans me raconte : lorsque la maîtresse leur demande du calme en leur disant « chuuut ! », la moitié des élèves lui répondent en chœur, à voix basse et bien distinctement, « chuuut… balle dans la tête ! ».

  • Comme je ne cache pas mon étonnement, le garçon pense me donner une explication en ajoutant : « Comme dans la chanson !
  • Quelle chanson ?
  • La chanson de Niska !
  • De qui ça ? »

Alors il me chante quelques couplets du morceau de rap intitulé « Chasse à l’homme ». Ça parle de trafic et de tireurs d’élite, je ne comprends pas tout, mais je comprends bien le refrain : « Shoot… balle dans la tête ! » (lire le texte intégral en fin d’article)

Comme cela se passe quinze jours après l’assassinat de Samuel Paty, évidemment, je pense à l’institutrice qui a reçu ce message. J’ai envie d’en écrire quelque chose, alors je cherche sur Internet les paroles de la chanson en question.

Je tombe sur le clip, très violent, j’imagine le gamin de 8 ans face à ces images, c’est tout simplement glaçant.

Freud distinguait les enfants qui ne veulent rien savoir de la sexualité de ceux qui ne reculent pas devant leur curiosité. Ceux qui ne reculent pas peuvent aussi en savoir un peu plus sur eux-mêmes, sur ce qui leur arrive en général, et sur ce qui arrive aux autres.

Mais certains enfants renoncent à leur curiosité sexuelle et, du coup, c’est sur l’ensemble du savoir que l’inhibition peut se porter.

Alors, que peuvent des instituteurs face à un groupe animé par la seule passion de l’ignorance ?

Reculer ou pas devant la curiosité sur notre voisin, sur celui qui nous est étranger : cette question parle aussi de la discorde actuelle portant sur le droit à la parole, à la contradiction, à la caricature, au débat tout simplement.

Cet enfant dont je vous parle a commencé à me raconter cette scène à peine assis dans mon bureau, alors que je ne lui posais aucune question, ni « ça va aujourd’hui ? » ni « comment ça va à l’école ? », la règle étant seulement de dire ce qui lui passe par la tête.

Ce qui lui passait par la tête, c’était donc ça, cette violence des mots et des images, et s’il en parlait si spontanément, c’est bien qu’il ne trouvait pas ça évident.

Il ne reculait pas, il avait envie que ça devienne une question. Un enfant qui vient parler chaque semaine à son psy ne renonce pas au questionnement, il a envie d’avoir un peu de marge avec le langage et ses embrouilles, et de sortir des embrouilles de sa famille et de son groupe ; il n’a pas envie de rester englué dans la passion de l’ignorance de ses parents, de sa famille (« on fait comme ça parce qu’on a toujours fait comme ça ») ou de son groupe ; il ne veut pas être agi par la tradition.

C’est dans un espace infime qui permet une parole pleine qu’il peut entendre ce que ses paroles peuvent faire à l’autre, qu’il peut sortir d’une identification au petit groupe de copains. Sinon il restera dans l’évidence et la connivence, dans l’agressivité des petites foules.

Pour ça, il faut un écart, une rencontre, un transfert sur un psy ou sur un prof, un ami, un chanteur ou un dessinateur, quelqu’un qui pourra dire son étonnement et permettre d’en dire un peu plus. Il faut toujours une rencontre bouleversante pour qu’une brèche s’ouvre dans la carapace identitaire.


Yann Diener – Charlie Hebdo – 06/01/2021


Paroles de « Chasse à l’homme » – Niska

 Ouais la cité, là 
 Ouaiiis, ah 
 De la beuh 
 Que du, que du, que du 
 #KeDuSal 
 
 Salade, tomate et sans oignons 
 Mets de la sauce sur les frites (Bâtard) 
 J'ai mis l'élastique sur le pognon (Voilà) 
 Y'avait trop de billets de 10 (Oui) 
 Dites-moi le prix de la merco 
 Dieu merci j'connais plus la crise (Nan) 
 J'te paye en quoi? Billets de banque ou billets du crime? (Biatch) 
 Billet orange ou billet vert? (hein?) 
 Tu veux la blanche ou bien la verte? (Quoi?) 
  
 En combien de temps tu vas le faire? (Combien?) 
 Joue pas le con, crois pas me la faire (Nan) 
 Il a plus de cartouche et j'vois que la météo n'a pas prévu l'averse (Bouh bouh bouh) 
 Si je monte sur un plan et que je vois l'argent c'est pour rentrer avec (Voilà) 
 Sale comme la chatte à Nicki Minaj 
 C'est moi qui fait l'oseille, Pétasse fais le ménage (Ramasse) 
 Le cul de ma maitresse est moelleux 
 Chérie, pardon c'est pas ma faute 
 En garde vue ton gars ta poucave, ils le radic' c'est de ta faute (Balance) 
 Pardon, j'ai pas compris (Quoi?) 
 Qu’est-ce que j'fais dans la vie? (Tu veux savoir) 
 On fait d'la trap mon pote, on vend d'la dope mon pote (On vend la weed) 
  
 Ma mère ne travaille plus, quelque part j'suis ravie 
 OG kush sur l'blunt (Oui) 
 Ça sonne sur mon phone (Allô?) 
 J'reçois un coup d'file (C'est qui?) 
 Les ennemis veulent un bail (Ah bon?) 
 Sur la vie d'ma mère (J'arrive) 
 Ils ont pas compris (Hein?) 
 Ramène mon fusil (Ramène) 
 Ils reviendront jamais 
 
 Shoot! Balle dans la tête 
 Shoot! Balle dans la tête (Bang Bang) 
 
 
 Igo fo lajan 
 Bibi fo lajan 
 Pour manger fo lajan 
 Pour baiser fo lajan 
 J'ai volé pou lajan 
 Mais j'ai rien fais m'sieur l'agent 
 Vive l'argent 
 J'suis dans l'bando pour l'instant (Boumin) 
 La cagoule effrayait la banquière (Boumin) 
 Le gamos a passé la frontière 
 Oh ma mama cosa, on veut des llet-bi coffré dans le coussin (Bando) 
 Oh ma mama cosa, depuis qu'j’ai percé j'ai beaucoup de cousin (Oui) 
 Shoot balle dans la tête 
 
 T'es parti en premier mais c'est moi le meilleur 
 Fonce te casse pas la tête, même où j'habite le guetteur devient dealer 
  
 C'est nous on parle en bail, c'est nous on parle en zer (9.1.) 
 C'est nous les plus violents de toute la France entière (Ah oui oui) 
 OG kush sur l'blunt (Oui) 
 Ça sonne sur mon phone (Allô?) 
 J'reçois un coup d'file (C'est qui?) 
 Les ennemis veulent un bail (Ah bon?) 
 Sur la vie d'ma mère (J'arrive) 
 Ils ont pas compris (Hein) 
 Ramène mon fusil (Ramène) 
 Ils reviendront jamais 

… Et c’est diffusé largement sur certaines radio notamment périphériques à des cités … compiler ce genre de propos avec les outrances de certains chefs d’État, les nombreux jeux vidéo de combat, les mœurs de certains cultes, la diffusion de scènes de crimes, d’émeutes, etc. à toutes les heures de la journée, banalisant l’outrance dans la violence … mais à quoi sert le CSA ? MC