USA – Hier au Capitole …

Grave, très grave l’intervention des factieux … D’abord pour l’ensemble des états du monde et pour une partie du peuple américain (du moins les électeurs ayant élu Donald Trump à la présidence, il y a 4 ans) mais pour l’image largement écornée de cette forme de la démocratie libérale dont les USA se voulait l’exemple … Exemple (preuve faite) qu’il n’est pourtant pas à suivre !

Florilège médiatique …


Pour Mathieu Magnaudeix – Source (Extrait)

Depuis des années, Trump annonce la « guerre civile » et a fait de la violence son arme politique. En envahissant le Capitole, ses partisans les plus fanatiques ont mené son projet à bien. Après quatre ans de lâcheté totale, le parti républicain condamne.

Il a dit sur tous les tons que l’élection présidentielle a été « volée », « truquée ». Que des bulletins de vote ont été « détruits ». Que les machines à voter ont été trafiquées. Que des centaines, peut-être des millions, de voix se baladent non comptées dans la nature. Sans le début d’une preuve, comme l’ont fait remarquer nombre de juges saisis par ses avocats.

« Nous avons gagné la Géorgie. Nous avons gagné l’élection », a continué à dire Donald Trump dans un déni maladif des faits : face à Joe Biden, Trump a perdu, clairement, de sept millions de voix, l’élection a été certifiée, le décompte des grands électeurs lui est défavorable.

Depuis sa défaite face à Joe Biden dans les urnes du 3 novembre 2020, Donald Trump a continué d’évoluer dans son monde parallèle : celui du mensonge et de l’incitation permanente à la haine et à la violence. En cela, il est totalement, absolument responsable de l’envahissement du Capitole par certains de ses soutiens qui a étonné le monde et choqué les États-Unis, un épisode historique soldé par la mort de quatre personnes dans des circonstances encore troubles.


Pour François Bonnet – Source (Extrait)

Vivre avec une Amérique de « cinglés ». C’est l’un des adjectifs préférés de Trump, qu’il ne réserve pas qu’à Biden « Joe le cinglé ». Ce mot peut aussi résumer l’état d’une société américaine qui bascule dans un extrémisme enragé, au nom de Dieu et d’un messianisme blanc et dominateur. Vingt ans de guerres ininterrompues ont remodelé en profondeur l’Empire américain pour en faire un « État voyou ».

 […] À la différence de bien d’autres présidents, le bilan de Donald Trump à la Maison Blanche sera largement irréversible. Le souhait de nombreux alliés des États-Unis et électeurs de Joe Biden d’en finir une bonne fois avec Donald Trump, d’en effacer toute trace, est un vœu pieux. Ils aimeraient se rassurer, se dire qu’après ce pénible intermède de quatre ans, tout va reprendre as usual. Ils se trompent. Le retour au « monde d’avant » n’aura pas lieu.

Même battu, Trump aura fait surgir en pleine lumière et renforcé avec succès cette Amérique jusqu’alors reléguée derrière le décor. Les deux mandats courtois de Barack Obama (dont le bilan politique, bien mince, s’est lui révélé réversible) avaient endigué et même masqué les évolutions lourdes d’une société américaine où le pire est désormais la norme.

Trump incarne magnifiquement ce pire.

Il a libéré la parole boueuse de larges pans de la société soudain promus au centre de la table. Cette Amérique-là existe, massivement, et elle ne retournera pas au fond du placard […] . Son mantra est « Dieu, les armes à feu, l’argent ». Son ignorance la projette dans un complotisme aigu. Son patriotisme dévoyé la mène à un militarisme fanatique. Sa vulgarité individualiste demeure le carburant d’un racisme et d’une xénophobie revendiqués.


Dessin de Chappatte – Le Canard – 06/01/2021

Pour Alexis Buisson – Source (Extrait)

La séance de certification des résultats de la présidentielle par le Congrès est une formalité depuis des siècles. Sous Donald Trump, elle a tourné au chaos et fait 4 morts lorsque, ce 6 janvier 2021, ses supporters ont envahi le Capitole. « Notre démocratie vit une agression sans précédent », a déclaré Joe Biden.

Le calme est revenu, mercredi soir, autour du Capitole. Dans les rues voisines, des groupes de supporteurs de Donald Trump, blottis dans des drapeaux « Make America Great Again » pour se protéger du froid mordant, rentrent à leur hôtel sous les yeux d’hélicoptères et de policiers. Dans quelques minutes, à 18 heures locales, le couvre-feu décrété par la maire de Washington, Muriel Bowser, entrera en vigueur jusqu’à jeudi matin. Carolyn, une supportrice du président républicain, commande de la nourriture chinoise à emporter. Comment a-t-elle vécu cette journée folle à Washington ? « Je ne pensais pas que cela se terminerait comme ça », reconnaît-elle.

la situation était volatile depuis le matin dans la capitale américaine, devenue depuis l’annonce de la victoire de Joe Biden le théâtre de grandes manifestations pro-Trump, parfois violentes. Dès midi, alors que les parlementaires se réunissaient pour la traditionnelle séance de certification des résultats (une simple formalité en temps normal), Donald Trump a, pendant plus d’une heure, déroulé ses habituels mensonges sur l’élection présidentielle devant une foule de plusieurs milliers de fans.

Celle-ci était réunie à « The Ellipse », un espace vert entre la Maison Blanche et l’obélisque du Washington Monument, dans le cadre de la « Marche pour sauver l’Amérique » (« Save America March »), un grand rassemblement de la galaxie trumpiste. « Nous allons marcher vers le Capitole et encourager nos braves sénateurs et députés », leur a dit le président américain, qui espérait alors que le Congrès et le vice-président Mike Pence, qui présidait la séance de certification, reviendraient sur les résultats du scrutin. Douze sénateurs et plus de cent députés républicains s’étaient engagés à formuler des objections contre les votes des grands électeurs rattachés à certains « Swing States », comme l’Arizona et la Géorgie.

Dans la foule peu masquée, le bruit circule : « On devrait entrer dans le Capitole. C’est la maison du peuple. Notre maison. Nos impôts la financent », suggère-t-on. Plusieurs personnes ne cachent pas leur frustration vis-à-vis des parlementaires, y compris les républicains qui ont laissé tomber leur champion un peu trop rapidement. Le leader du parti au Sénat, Mitch McConnell, qui a félicité Joe Biden pour sa victoire à la mi-décembre, concentre leur courroux. « Pour moi, le parti républicain est mort, juge Rob Montgrow, un électeur trumpiste. J’ai voté pour Trump car, à la différence des républicains et des démocrates, il n’est pas dans la demi-mesure. Il ne doit rien à personne. Les gens qui manifestent aujourd’hui ne sont pas démocrates ou républicains. Ils sont pour Trump. Nous formons un troisième parti. Notre mouvement n’en est qu’à ses débuts. »

Petit à petit, les participants se mettent en branle le long de Constitution Avenue, la longue artère qui rejoint le Capitole. Sur leur chemin, ils croisent le ministère de la justice, anciennement dirigé par Bill Barr, un proche de Donald Trump qui a contredit son patron en décembre en indiquant qu’il n’y avait aucune preuve de fraude électorale massive lors des élections de novembre. Les marcheurs dégainent quelques doigts d’honneur et leurs plus belles insultes en guise de remerciement.

Au Capitole, où la séance de certification est en cours, plusieurs milliers de personnes sont déjà massées sur le flanc ouest du bâtiment, où se trouvent les gradins qui doivent accueillir, le 20 janvier, la cérémonie d’investiture de Joe Biden. Il règne comme un parfum de révolution. « Mettez la tête d’Obama sur une pique ! », « Donnez-nous Nancy Pelosi [la cheffe de la majorité démocrate à la Chambre des représentants – ndlr] », entend-on pêle-mêle. Jamais le Capitole, perché sur sa colline, n’a autant ressemblé à la Bastille.


Les réactions se multiplient dans le monde 

Le président de l’Assemblée générale de l’ONU, Volkan Bozkir, s’est déclaré mercredi « attristé » et « profondément préoccupé » dans un message posté sur Twitter.

L’ancien président américain Barack Obama a déclaré que les violences au Capitole étaient « une honte », mais pas une « surprise » vu l’attitude de Donald Trump. 

Emmanuel Macron s’est exprimé dans une courte vidéo : « Quand dans une des plus vieilles démocraties du monde, les partisans d’un président sortant remettent en cause par les armes les résultats légitimes d’une élection, c’est une idée universelle, celle d' »un homme, une voix » -, qui est battue en brèche. Aujourd’hui, la France se tient au côté du peuple américain avec force, ferveur et détermination ».

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a appelé mercredi les partisans de Donald Trump à « cesser de piétiner la démocratie » après l’entrée de manifestants dans le Capitole à Washington.