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Tout ça parce qu’ils ont du fric – honteux !

Non pour une fois cette info n’est pas dans le Canard ou dans Charlie  … mais bien dans l’Humanité et qu’il soit relaté dans ce journal ou un autre c’est un véritable scandale

En deux jours, mi-décembre, seize chasseurs ont abattu 540 cerfs, sangliers et daims dans un domaine de chasse clos.

Copie d’ecran

Des cadavres d’animaux alignés par centaines. Des cerfs, la tête surélevée, pour ne surtout pas abîmer leurs bois, destinée à trôner au-dessus de la cheminée. Et au milieu, un couple qui pose fièrement. « Nous l’avons encore fait ! 540 animaux avec 16 chasseurs au Portugal. Un record total pour cette Manteria », écrit en légende des photos Virginia Rodriguez, la cofondatrice espagnole de l’agence Monteros de la Cabra : hunting in Spain and Portugal, sur son compte Instagram.

Sur les réseaux sociaux, les traces du massacre ont été depuis consciencieusement effacées. Les comptes supprimés, le site de l’agence suspendu… Mais l’onde de choc de cette battue géante, qui s’est déroulée les 17 et 18 décembre 2020, n’est pas près de s’évanouir.

« Ça a duré des heures », confie un voisin à la chaîne de télévision portugaise SIC Noticias. « Toutes les 10 secondes, pan, pan, pan !  » continue-t-il. Les Monterias, ces chasses traditionnelles espagnoles, peuvent rassembler jusqu’à 50 chasseurs et beaucoup plus de chiens pour rabattre les bêtes. Cette fois, elle se déroule à Azambuja, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Lisbonne, dans la propriété de Torre Bela louée pour l’occasion par l’agence espagnole Monteros de la Cabra.

Dans cette enceinte fortifiée fermée de 1.000 hectares, seize chasseurs, pour la majorité espagnols, se sont lâchés. Un massacre en bonne et due forme. En deux jours, ils abattent 540 animaux à la carabine. « Ça va plus loin qu’un fusil classique, ça fait aussi plus de dégâts », explique Alain Berb, un chasseur français de 78 ans, dont 60 années de pratique. Des cerfs, des sangliers, des daims… que du gros gibier.

C’est « une quantité absolument énorme. Ce n’est plus de la chasse mais du stand de tir. Ils sont montés sur des miradors », reprend Alain Berb. « Il faut vraiment y aller fort. Au maximum, sur une journée de chasse en France, on tue 60 faisans, un ou deux sangliers et un chevreuil… à 25 ou 30 chasseurs !  » lance-t-il à titre de comparaison.

Un organisateur français de ce genre de battue est lui aussi soufflé par l’ampleur : « Nous limitons à 12 trophées par chasseur. Sur quatre jours de chasse, nous sommes à maximum 120 animaux. » Là, chaque tireur en a tué 33.

Depuis vingt-cinq ans, le couple par qui le scandale est arrivé, Mariano Morales, avocat, et sa femme Virginia Rodriguez, ingénieure agronome, se sont fait une spécialité de ces battues géantes.

Alors étudiants, ils créent cette agence, « passionnée par la chasse mais aussi l’éthique de la chasse (sic) », écrivaient-ils sur le site Travel Agencies Finder, un outil de recherche des agences de voyages.

En 2019, Morales et Rodriguez mentionnaient : «  Les 2 et 3 février, une autre super Monteria. 454 animaux avec 29 chasseurs. Notre garantie était 200 animaux. Le tableau a été supérieur de… 127 % !!! » se réjouissaient-ils sur le même site.

À la veille de Noël, les photos du carnage sont partagées des milliers de fois et embrasent l’opinion et la classe politique portugaises. Le ministre de l’Environnement, Joao Pedro Matos Fernandes, l’a qualifié d’ « acte de haine » et de « crime environnemental inacceptable, qui n’a rien à voir avec de la chasse ».

Le pays est pourtant peu restrictif sur l’activité, autorisée sur pratiquement tout le territoire. On compte des milliers de propriétés où le grand gibier prolifère et où les amateurs paient des voyages « all inclusive » : trajets, hôtels, repas et chasse.

Selon le quotidien portugais Publico, celui-ci a coûté entre 7.000 et 8.000 euros à chaque participant. Au total, donc, entre 112.000 et 128.000 euros pour ce jeu de massacre. « Les prestations sont en général très haut de gamme. Des hôtels 4 ou 5 étoiles et, au déjeuner, ce ne sont pas des sandwichs… » explique le Français qui n’a pas organisé de chasse au Portugal depuis un an, Covid oblige. « Ça doit être des grosses huiles », précise-t-il.

Le parquet de Lisbonne Nord a ouvert une enquête

Mais, cette fois, les « grosses huiles » vont peut-être devoir rendre des comptes. Le parquet de Lisbonne Nord a ouvert une enquête sur les « conditions » de la chasse. Le propriétaire des lieux, qui a loué ses terres à l’agence espagnole, a botté en touche, disant ne pas être responsable de la manière « illégitime » dont la chasse s’était tenue.

Tout comme l’institut pour la conservation de la nature et des forêts, titulaire du secteur cynégétique, qui n’était « pas au courant ». Idem pour la municipalité de la ville, pourtant classée dans une zone de « chasse touristique ». Bref, personne ne savait…


Pia de Quatrebarbes. L’Humanité. Titre original : « Chasse géante au Portugal un massacre prix d’or et à l’abri des regards. Source (extrait)