Liberté : Liberté chérie …

Il arrive assez rarement que Marine Le Pen nous fasse rire.

Mais il faut avouer que sa récente sortie sur la dérive « liberticide » du gouvernement, assortie d’un vibrant appel aux « élus et citoyens attachés à la démocratie et aux libertés », était assez cocasse. Un peu comme si un doberman se mettait à miauler.

La cause de cette envolée contre nature : le projet de loi express et surprise présenté en Conseil des ministres le 21 décembre 2020 par Jean Castex, « instituant un régime pérenne de gestion des urgences sanitaires ».

Le texte, pavé naturellement de bonnes intentions, permet au Premier ministre, par simple décret, « de subordonner les déplacements des personnes, leur accès aux moyens de transport ou à certains lieux, ainsi que l’exercice de certaines activités à la présentation des résultats d’un test de dépistage établissant que la personne n’est pas affectée ou contaminée, au suivi d’un traitement préventif, y compris à l’administration d’un vaccin, ou d’un traitement curatif ».

En clair, de prononcer l’état d’urgence et d’instaurer, entre autres, un « passeport sanitaire », à l’intérieur des frontières nationales qui plus est, et une obligation de vaccination de fait si l’on souhaite aller et venir librement. Et ce sans passer par le Parlement.

Devant le tollé provoqué à gauche comme à droite par cette initiative, le gouvernement a décidé de rempocher son texte en catastrophe. Reste l’intention.

Laissons de côté le faux débat sur l’obligation de vaccination (qui existe déjà dans d’autres situations, comme l’inscription à l’école publique ou l’entrée dans certains pays). Le mot le plus important de ce projet de loi, pour le moment avorté, n’est pas « vaccin », mais « décret ».

Une fois encore, l’exécutif manifeste sa volonté d’avoir « les mains libres ».

Contrairement aux pensées ambiantes, nous ne vivons pas en dictature.

Que ceux, au Rassemblement national ou ailleurs, qui le proclament depuis des mois aillent prendre un apéro Zoom avec des étudiants ouïgours ou des avocates iraniennes : ils auront un aperçu de ce qu’est un vrai régime totalitaire, avec tout ce que ça implique de terreur et de répression quotidiennes. Il n’empêche qu’il y a bien une tentation de plus en plus marquée de la part de l’exécutif d’inscrire dans le droit commun des mesures qui devraient demeurer d’exception, et, surtout, de s’affranchir du Parlement.

Autant avertir les administrés et s’investir pour bouter cette clique gouvernante dès les prochaines élections …


Gérard Biard – Charlie Hebdo 30/12/2020 (Extrait)