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Le nouveau maire de Marseille mitigé socialo verdissant est un caïman succédant au requin JC. Gaudin. A Marseille règne une colonie animalière occultant la sardine « bouchant » le vieux port ! … les marseillais ne vont rien gagner !

Dessin de Kiro Le Canard Enchainé – 30/12/2020

Le nouveau maire socialiste de Marseille n’a pas été élu sur son nom : il a seulement su attendre son heure.

Ce 21 décembre, Benoît Payan, 42 ans, notaire, happé très jeune par la politique, au PS depuis plusieurs décennies, chef de file de l’opposition à Gaudin, prend la parole.

Il parle égalité, injustices, ampleur des défis à relever, Marseille appartient pour toujours à ceux qui y vivent, c’est beau comme l’antique. Sa marraine en politique, la socialiste Marie-Arlette Carlotti, secrétaire d’Etat sous Ayrault et dont tout le monde a oublié le nom, vient en renfort : « Quand il est arrivé au PS, il n’attendait rien, il voulait juste lutter contre les injustices. »

Devant les caméras, l’édile prend de l’assurance : « Devenir maire de Marseille, ce n’est pas vraiment ce qui m’anime. Ce qui m’intéresse, ce sont les gens, ma ville. Pas ma carrière. Il faut sortir de ces schémas, qui sont dépassés. » Dans tout Marseille, on rit sous cape.

Gonflé, le nouveau maire. « Payan est un bosseur, mais c’est un vrai politicard à l’ancienne, depuis dix-huit ans dans le système socialiste marseillais, un pur apparatchik, même s’il a finalement pris ses distances avec Guerini. Dire qu’il n’y pensait pas jour et nuit, il fallait oser !» rigole un écolo.

Un rôle sur démesure

Michèle Rubirola a fait ses adieux six jours plus tôt d’une voix mal assurée, comme souvent. Soulagée, meurtrie aussi. Elue en raison de ses différences, des doutes qui l’envahissent et qu’elle n’a jamais cachés, de son engagement de médecin aux côtés des plus humbles dans les quartiers nord de Marseille, Rubirola a vécu son sacre comme un calvaire.

« Elle ne pensait pas gagner, n’était pas taillée pour le rôle, elle était dépassée, sans cesse au bord des larmes », balancent charitablement les socialistes marseillais.

L’histoire est-elle si simple ?

A la mi-juillet, alors qu’elle est en poste depuis trois-mois, Rubirola tente de s’émanciper de la tutelle de Payan, avec lequel elle travaille depuis 2015. Par l’entremise de Cécile Duflot, elle dîne discrètement avec François Lamy, ancien député socialiste, ancien ministre et ex-collaborateur d’Aubry à Lille.

Le courant passe, Lamy a de la bouteille, propose un catalogue de mesures et une équipe de collaborateurs expérimentés, ce dont Rubirola manque cruellement. La ville part à vau-l’eau, la dette est colossale, l’expertise technique n’est plus qu’un lointain souvenir. Par correction, elle appelle Payan pour l’informer de sa décision, lequel ne moufte pas.

Le lendemain matin, à 8 heures, on sonne à la porte de son domicile. C’est Payan, matinal comme toujours, flanqué d’Olivia Fortin, la quatrième adjointe, et de Jean-Marc Coppola, conseiller municipal communiste et animateur du Printemps marseillais, ce collectif de partis et d’associations qui l’a portée au pouvoir.

Les trois font part de leur opposition catégorique à l’arrivée de Lamy. Rubirola cède, elle ne pourra pas recruter ses plus proches collaborateurs, l’inféodation est ressentie par tous. « Il a été très difficile d’organiser un rendez-vous avec Mme Rubirola, confie un conseiller régional LR. Il a fallu attendre novembre, car cela devait toujours se tenir en présence de Benoît Payan, mais c’est pourtant avec elle, et avec elle seule, que Renaud Muselier voulait parler. »

FO et usage de FO

Payan a tout vu de la dérive des socialistes, il s’est modérément rebellé contre Gaudin, pourtant considéré comme le fossoyeur de la ville. Le jour du dernier conseil municipal de l’ancien maire, il a rendu hommage à « un des derniers monuments de la politique française » et salué son « engagement ».

« Biberonné au système marseillais, il pourra peut-être discuter avec FO, qui cogérait la municipalité avec Gaudin, éviter la mise sous tutelle de la ville, négocier avec la métropole, le département, la région et gérer les multiples chapelles du Printemps marseillais, qui le soutient à fond pour l’instant », espère un écolo marseillais.


Anne-Sophie Mercier- Le Canard Enchainé. 30/12/2020