Retour sur les vœux du résident temporaire de l’Elysée …

Fallait-il revenir sur ce foutage de gueules que fut les vœux de Macron pour 2021 ? Des vœux prononcés par un dirigeant visiblement à court d’argument, vidé moralement, débitant sans conviction d’hypothétiques perspectives ?

Oui car nous avons assisté là, à une guignolade qui sonne la fin d’un cycle, celui des règnes d’élus résultant de la constitution de cette cinquième république tant dévoyée. MC


Pour Ellen Salvi – Médiapart. Titre original : « Les vœux surjoués d’Emmanuel Macron ». Source (Extrait)

Le chef de l’État a consacré l’essentiel de ses vœux pour l’année 2021 à remercier les Français pour leurs « sacrifices ». Ce faisant, Emmanuel Macron a aussi pu cacher ses propres manquements, en s’incluant dans ce « nous » dont il affirme être « fier ».

Emmanuel Macron n’en finit pas de chercher une façon de s’adresser aux Français. Cette année, il aura tenté tous les styles : martial pour annoncer que « nous sommes en guerre » contre l’épidémie de Covid-19 ; plein de promesses pour assurer à tout un chacun qu’il était prêt à se « réinventer » ; ou encore hésitant (pour ne pas dire laborieux) afin de montrer qu’il est aussi un homme empreint de doutes, capable de reconnaître des « maladresses » qu’il ne corrige bizarrement jamais.

Pour ses vœux, prononcés en un quart d’heure, près du feu de cheminée, jeudi 31 décembre 2020 au soir, le président de la République a cette fois-ci opté pour un format qu’il pensait sans doute intime. Après avoir remercié les Français pour les « sacrifices » qu’il leur a demandés et pour le « civisme » dont ils ont fait preuve face à la crise sanitaire, il s’est soudainement lancé dans une litanie de prénoms, censés symboliser « ces milliers d’anonymes qui, engagés et solidaires, ont tenu notre pays dans l’épreuve ».

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Face à un État qui a montré ses défaillances et ses limites, la société s’est effectivement organisée. Mais toute seule. Pourtant, le chef de l’État s’inclut pleinement dans ce collectif. Certes, il avait reconnu quelques « erreurs » lors de la première vague épidémique, mais le soir du réveillon n’est pas un soir à mea culpa. « Je suis sincèrement convaincu que nous avons fait les bons choix aux bons moments », a-t-il d’ailleurs indiqué, comme si le fiasco des masques et tout le reste allait disparaître avec 2020.

Pour donner une petite touche d’espoir, alors que le ministre des solidarités et de la santé a récemment annoncé que plusieurs métropoles verraient leur couvre-feu avancé à 18 heures à partir de samedi, Emmanuel Macron s’est appuyé sur le vaccin que le « génie humain a fait advenir en un an seulement ». Se défendant des nombreuses critiques sur la lenteur du processus en France, au regard des autres pays européens, il a toutefois confirmé que la campagne allait bientôt « prendre de l’ampleur », selon les mots employés le même jour par Olivier Véran.

Toujours dans le registre de l’espoir, le président de la République s’est aussi réjoui des « défis à venir » et des réformes qui en découleront, comme « la mise en œuvre des propositions de la convention citoyenne », dont il a pourtant rabaissé les ambitions au niveau du sous-sol.

Côté budget, il s’est de nouveau félicité de son « quoi qu’il en coûte », tout en prévenant, sans entrer dans les détails, qu’il y aura un inévitable retour de bâton : « Il nous faudra bâtir ensemble les réponses qui permettront de ne pas en faire un fardeau pour les générations futures », a-t-il glissé.

Le chef de l’État a vanté les mérites de « ce peuple uni, solidaire » auquel il a pourtant opposé, tout au long de l’année, la doctrine du maintien de l’ordre du préfet de police de Paris Didier Lallement et les coups de menton du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin.

 […]

Il évoque désormais « un nouveau matin français ». Il dit même : « Soyons fiers. Fiers d’être “nous”, les Français, la France. » Mais il n’y a rien derrière ces expressions sinon une forme de « mélasse intellectuelle », pour reprendre ses propres mots, qui lui fait convoquer Pétain et Maurras dans un récent entretien accordé à L’Express, qui lui donne envie de raviver le débat sur l’identité nationale de Nicolas Sarkozy, et qui lui permet de se gargariser des « valeurs » de la France, auxquelles il fait pourtant le plus grand mal.

Pour « Le Figaro » – Titre original : « La classe politique très critique après les vœux d’Emmanuel Macron ». Source (Extrait)

En annonçant qu’il mènera à son terme la réforme des retraites, le président a suscité des réactions de tous bords, parfois virulentes. La classe politique a émis ses premières réactions sur Twitter aux vœux du président Emmanuel Macron :

  • Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national :

« Une fois de plus… rien. MLP #VoeuxMacron2020 »

  • Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise :

« Ce ne sont pas des vœux mais une déclaration de guerre aux millions de Français qui refusent sa réforme. Tout le reste de son discours sonne faux et creux. Un extraterrestre a parlé »

  • Gilles Legendre, chef de file des députés LREM :

« Les députés @LaREM_AN seront avec @EmmanuelMacron les bâtisseurs de cette  »France en commun » de la décennie 2020, conciliant audace de la transformation et vertu du dialogue. Avec le #gouvernement, ils seront les artisans du compromis sur les #Retraites souhaité par le président »

  • Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts:

«#Macron se voit marquer les 1000 prochaines années.. En attendant il réussit la prouesse de tenir 17 longues minutes sans un mot de concret. Ni sur les #Retraites ni sur l’écologie »

  • Luc Carvounas, député PS du Val-de-Marne:

« Pour la première fois dans l’exercice des vœux d’un chef de l’Etat sous la Ve République, #Macron a décidé les yeux dans les yeux d’entamer un long bras de fer avec les Français #Retraite. Son discours se voulait apaisant… ce soir nos compatriotes seront plus que jamais inquiets »

  • Fabien Roussel, numéro un du PCF:

« L’esprit français, ce n’est pas la division de la France. Le seul compromis possible est de rendre tous les Français gagnants. Le Président dit que sa réforme sera menée à son terme. Il choisit le bras de fer. C’est donc un appel à la mobilisation totale ! »

  • Nicolas Dupont-Aignan, député Debout la France de l’Essonne:

« E. Macron a prononcé les vœux les plus auto-satisfaits et hypocrites jamais entendus ! Il ose parler de justice sociale alors qu’il veut démolir notre système de retraite. Il ose parler d’unité nationale alors qu’il ne cesse de monter les Français les uns contre les autres ! »

  • Éric Ciotti, député (LR) des Alpes-Maritimes:

« À l’heure où le pays sort d’une année de violence et de tensions sociales exacerbées, Emmanuel #Macron offre des vœux présidentiels convenus aussi longs que creux, sans âme et sans perspective »

  • Rachid Temal, sénateur PS du Val d’Oise:

« Enfermé dans ses certitudes, déconnecté de la vie réelle des Français et qui choisit l’épreuve de force sur leur #retraite ! Le sentiment d’écouter un chanteur qui tente de relancer sa carrière avec le pot pourri des titres qui ont fait son succès, mais le disque est rayé ! »

  • Adrien Quatennens, député La France Insoumise du Nord :

« Les Français qui subissent l’extension de la précarité seront heureux d’apprendre que  »la France n’a jamais connu un tel élan ». L’Élysée sous Macron est-elle une autre planète ? Puisqu’il ne redescend plus de son nuage, le 9 janvier, descendons dans la rue ! #VoeuxMacron2020 »

  • Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur:

« La détermination à agir. La volonté de rassembler les Français. Ce soir, le président @EmmanuelMacron a renouvelé notre ambition : transformer notre pays, bâtir une société en commun et unir, toujours, la République »

  • Stanislas Guérini, député LR-EM de Paris:

« Écologie, emploi, retraites.. tant a déjà été fait et tant reste à faire pour que la décennie qui s’ouvre soit une chance pour toutes et tous. C’est un président déterminé à y parvenir qui a présenté ses vœux aux Français(es) ce soir. Ensemble, nous réussirons. #VoeuxMacron2020 »

  • Florian Philippot, président des Patriotes:

« Macron fait du Hollande. Il récite son bréviaire de campagne mais plus personne n’y croit ! #VoeuxMacron2020 »

Pour Cyprien Caddeo. L’Humanité : titre original : « Les vœux d’Emmanuel Macron aux Français : des perspectives très « monde d’avant » pour 2021 ». Source (Extrait)

Une allocution qui se voulait plus apaisée et davantage « à visage humain » que celle de l’an dernier, consacrée essentiellement à la réforme des retraites, qu’il était alors hors de question d’abandonner.

Quittant son bureau présidentiel pour une petite table de réception, le chef de l’État a rendu hommage, en préambule, aux 64 000 victimes du Covid-19 et à leurs proches. « Je suis sincèrement convaincu que nous avons fait les bons choix aux bons moments », a-t-il poursuivi, dans un élan tenant plus de la méthode Coué que de l’acuité politique.

Oubliés les mensonges d’Agnès Buzyn, les atermoiements et les changements de pied sur les masques. Effacés les signaux contradictoires pour les départs en vacances et les cris d’alarme des hôpitaux en burn-out.

Au contraire, « nos soignants ont tenu et nous avons engagé une transformation en profondeur et des investissements historiques pour notre santé », a affirmé le président de la République, alors même qu’aucune réforme structurelle demandée par les soignants n’a été engagée et que le nombre de lits de réanimations, nerfs de la « guerre » contre le virus, a très peu augmenté.

« Ensemble nous sortons plus unis et en ayant beaucoup appris », a-t-il ajouté, tandis que l’opinion publique n’a jamais été aussi polarisée, comme l’ont montré la montée d’un contre-discours complotiste et les querelles de chapelle sur les questions de santé (pro-vaccin contre antivaccin, pro-chloroquine contre anti-choloroquine…).

Négation des failles

Par ailleurs, comme ce qui n’est pas dit dans un discours est aussi important que ce qui est prononcé, il faut noter qu’Emmanuel Macron n’a pas eu un mot pour les mouvements antiracistes et anti-violences policières qui ont agité l’été et l’automne, révélant des fractures béantes de la société.

Pour ancrer son discours dans le réel, le président de la République s’est ensuite attelé à égrainer les noms de Français exemplaires, évidemment pas choisis au hasard.

Gérald, entrepreneur près d’Angers « qui a réussi la prouesse de laisser ses entreprises ouvertes 7 jours sur 7 ». « Mehdi, professeur de sciences économiques à Marseille dans les quartiers Nord », qui a enseigné la laïcité à ses élèves après l’attentat contre Samuel Paty. Rosalie, libraire, qui « a créé un site de vente à emporter pour continuer à exercer » malgré le confinement.

La ficelle rhétorique est grosse : elle permet au président de donner des visages au concept de Nation, et de louer, en bon néolibéral, l’héroïsme et la vertu individuelle pour éviter de parler des faillites collectives dans la gestion de la crise.