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La Ligue française de football et les président de club (comme d’autres ligue et leurs divers présidents) ne peuvent que se mordre les doigt d’avoir participé par aveuglement boulimique financier, à la destruction du monde sportif et Médiapro (comme d’autres diffuseurs ne cherchant qu’a capter l’audimat) n’a fait qu’accentuer le problème de l’argent roi et pollueur de l’éthique dans le sport. MC

Le tribunal de commerce de Nanterre, ce 22 décembre, a entériné le divorce entre la Ligue de foot et son diffuseur télé sino-espagnol Médiapro. Au-delà du fiasco économique et du coup de massue asséné aux clubs, les relations de travail instaurées par la direction de cette boîte sino-espagnole laissent pantois.

Une centaine de collaborateurs (on n’ose parler de salariés) sont entraînés dans le naufrage. Ces ingrats ne verseront pas une larme sur leur pédégé, Jaume Roures, un vrai patron de gauche. Cet ex-sandiniste (avec les guérilleros du Nicaragua) et trotskiste « de toujours » appelait encore récemment de ses vœux la montée d’« un grand mouvement social » en Espagne.

Mais, chez Médiapro, ni contrat de travail ni garanties.

Les employés de Téléfoot (la chaîne de télé du groupe, chargée de la diffusion des matchs) ont été recrutés par le bouche-à-oreille, et la grande majorité des journalistes sont payés à la pige, c’est-à-dire à la tâche.

Principe : les coordonnées de tous ces pigistes sont assemblées au sein d’un groupe WhatsApp. Quelques jours avant les matchs, la rédaction en chef met en ligne la liste des rencontres à couvrir.

Les plus rapides s’adjugent les plus intéressantes.

Pas de pitié pour les lents à la détente : Dijon-Nîmes plutôt qu’ OM-PSG… « C’est l’ubérisation appliquée au foot », peste l’un de ces pigistes. Chez les concurrents (Canal Plus ou Eurosport), la distribution est moins sauvage : les « seniors » coordonnent les pigistes qu’ils ont eux-mêmes formés.

Entre Uber et Ubu

Certains déplacements tournent à la galère. Contrairement à ses concurrents, qui accordent un remboursement forfaitaire de 80 euros par nuit passée à l’hôtel, Téléfoot ne défraie pas les délicats qui tiennent à dormir dans des draps.

« A Lille, une fois terminés le débriefing et la rédaction des commentaires, j’ai passé quatre heures dans la salle d’attente de la gare en attendant le premier train de 5 h 36 », gémit l’un des prolos du camarade Roures.

Étendu sur son banc aux côtés d’un SDF, il a dû rêver à la vie dorée sur tranche de Neymar et de Mbappé.

Ensuite, l’heureux reporteur sportif doit guetter son relevé de compte bancaire, qui lui signalera le virement de Médiapro, effectué généralement par la Bank of China entre trente et quarante-cinq jours après le match.

La société ne communique en effet pas de bulletins de paie aux pigistes.

Après le 31 décembre, ceux-ci risquent d’avoir du mal à toucher leurs allocations de chômage. Si les millionnaires du foot savaient…


Article signé des initiales A. G. – Le Canard enchainé. 23/12/2020