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Faut-il démonter d’urgence les milliers de tentes installées sur lès trottoirs par les pharmaciens et les pouvoirs publics pour procéder à des tests antigéniques à la chaîne ?

Cette question, moins saugrenue qu’il n’y paraît, se pose depuis quelques jours au vu de la progression galopante du nombre de résultats faussement positifs enregistrés sous ces barnums.

D’après une étude menée par les laboratoires Biogroup, 63 % des patients déclarés contaminés par ces tests rapides se sont révélés indemnes après un test PCR de vérification (France 2, 19/12).

Le 14 décembre, l’Agence nationale de sécurité du médicament a d’ailleurs retiré du marché un examen chinois, le VivaDiag, qui avait tendance à multiplier le nombre de malades imaginaires. De son côté, le ministère de la Santé a promis de procéder à un grand nettoyage parmi la quarantaine de modèles mis sur le marché …. mais seulement à compter du 4 janvier… Ça jette un froid

L’automne dernier, les scientifiques louaient pourtant ces tests dans un bel ensemble : rapides, économiques et simples d’utilisation, ils affichaient, certes, des performances inférieures à celles des PCR, mais n’enregistraient quasiment jamais de résultats faussement positifs. Les choses ont bien changé.

Premier souci : les autorités et la plupart des pharmaciens ont oublié, avant de monter leurs barnums, de lire le mode d’emploi des tests. Pour être fiables, ils doivent être pratiqués à une température ambiante comprise entre 15 et 25 °C. Loin des moyennes frisquettes relevées ces dernières semaines, donc.

Mais pour le professeur Bruno Lina, membre du Conseil scientifique, le taux très élevé de faux positifs relève d’un cocktail complexe mettant en jeu, outre la qualité des tests, la faible incidence du virus dans la population générale et… les compétences des personnes chargées de réaliser les prélèvements.

Si vrais et faux malades ont pu se soumettre à un examen de contrôle par PCR pour lever le doute, ce genre de gymnastique surcharge les labos et sème la pagaille dans les calculs : comme le reconnaît Santé publique France (SPF), chargée de suivre l’épidémie, un dépisté positif « à tort » reste comptabilisé comme un cas de Covid, quel que soit le résultat de son test PCR.

Les statistiques officielles pourraient en pâtir : en extrapolant les résultats de son étude aux 250.000 à 400.000 tests antigéniques effectués chaque semaine en France, Biogroup estime qu’on pourrait dénombrer plusieurs milliers de faux positifs.

La pagaille des indicateurs gagne également les hôpitaux : alors que le nombre de patients en réanimation est surveillé comme le lait sur le feu, le chiffre communiqué chaque jour se révèle exact… à quelques dizaines ou centaines près !

La raison ? Les hostos n’arrivent pas toujours à renseigner les sorties en temps réel.

Du coup, les autorités sanitaires ont inventé le terme pittoresque de « lits fantômes » pour désigner les lits dont on ne sait pas s’ils sont toujours occupés par des patients Covid ou s’ils sont libres depuis des jours, voire des semaines.

Des fantômes très hospitaliers

Début décembre, l’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France classait « fantômes » tous les « patients restés plus de 40 jours consécutifs en soins critiques », car cette durée très longue lui apparaissait suspecte.

A cette aune-là, l’ARS recensait, le 7 décembre, pas moins de 105 lits fantômes, sur un total de 620 places réservées au Covid. Une paille !

Quelques jours plus tard, miracle ! le chiffre était divisé par deux, et passait à « 49 lits fantômes ». Une performance obtenue non par des contrôles sévères, mais grâce à une petite manipulation comptable : depuis le 11 décembre, la barre a été remontée de 40 à 50 jours…

Par pure curiosité, « Le Canard » a demandé à d’autres ARS si elles étaient confrontées, elles aussi, au problème des « patients Belphégor ».

Réponse décoiffante de l’agence d’Auvergne-Rhône-Alpes (la région la plus touchée par la seconde vague) : « Nous ne souhaitons pas donner suite à votre demande. »

La peur des fantômes, sans doute…


Isabelle Barré et Hervé Liffran – Le Canard Enchainé. 23/12/2020