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Le président Emmanuel Macron a fait part dans un communiqué …

… de sa « très grande émotion » après avoir appris les décès de trois soldats appartenant au 1er régiment de chasseurs de Thierville-sur-Meuse (Meuse) en opération au Mali ce lundi 28 décembre2020, alors que leur véhicule blindé a été atteint par un engin explosif dans la région de Hombori. Ces décès portent à 47 le nombre de soldats français tués dans l’opération Serval.

Le chef de l’Etat « salue avec le plus grand respect la mémoire de ces militaires, morts pour la France dans l’accomplissement de leur mission. Il s’associe à la douleur de leurs familles, de leurs proches et de leurs frères d’armes et les assure de la reconnaissance et de la solidarité de la Nation », écrit l’Elysée.

Il « exprime son entière confiance aux militaires français déployés au Sahel, salue leur courage et rappelle la détermination de la France à poursuivre la lutte contre le terrorisme ».

La ministre des Armées, Florence Parly s’est exprimée sur Twitter:

Ils étaient en mission au Mali. Pour la France, pour le Sahel, contre le terrorisme. Le brigadier-chef Tanerii Mauri, les chasseurs de 1ère classe Dorian Issakhanian et Quentin Pauchet sont morts pour la France. Mes pensées vont à leurs familles, leurs proches et frères d’armes. pic.twitter.com/a7RKF1PkAl

— Florence Parly (@florence_parly) December 28, 2020


Le Sénat impose un débat sur la guerre du Sahel

Comme tous ses prédécesseurs, Macron déteste que des élus mettent leur nez dans ces affaires « régaliennes » qui ne les concernent pas.

Autrement dit : les interventions militaires qui engagent la France dans plusieurs conflits au Levant et en Afrique. A l’Assemblée, le Président ne risque rien, les Marcheurs n’ont aucune envie de contester son rôle de chef des armées.

Au Sénat, en revanche, il en va tout autrement.

En février prochain, ainsi que l’a demandé la commission des Affaires étrangères et de la Défense, un débat y sera organisé sur la guerre du Sahel, entamée en 2013 par François Hollande et continuée sous le règne d’Emmanuel Macron. Bien qu’il ne s’agisse nullement de l’ouverture d’une commission d’enquête (une pratique bien trop démocratique pour être tolérée), ce débat devrait permettre à tout un chacun de comprendre à quel point l’intervention française constitue un échec.

Ce que bon nombre de diplomates et de militaires reconnaissent, d’ailleurs. Un échec, malgré les rodomontades de l’état-major, qui annonce, de temps à autre, que des Mirage ou des drones français ont éliminé des chefs terroristes, puis que les soldats de Barkhane ont tué ou fait prisonniers des dizaines et des dizaines de djihadistes.

En réalité, mener une telle guerre (que le général François Lecointre, chef d’état-major, a dit devoir durer encore « de dix à quinze ans ») n’était pas à la portée des milliers de militaires français qui ont campé dans cet immense Sahel depuis huit ans.

Années de guerre sans fin

Une guerre « impossible à gagner » (dixit un haut diplomate). Malgré l’envoi de renforts, en janvier 2020, puis, bientôt, d’un deuxième lot de drones tueurs Reaper et de minidrones de reconnaissance, afin de poursuivre cet antiterrorisme aérien » pratiqué par les Mirage et les hélicoptères Tigre, mais jugé encore « insuffisant ».

Une guerre perdue aussi sur le front de l’opinion, malgré toutes les fausses bonnes nouvelles dont, année après année, on nous rebat les oreilles : « montée en puissance » des armées locales, « efficacité prochaine » de la force africaine du G5 Sahel et arrivée possible, un jour, de quelques dizaines de combattants européens…

Voilà quelques mois, des généraux en arrivaient même à tenir des propos « militairement incorrects » sur l’intervention française, que l’on peut résumer ainsi : « A trop pratiquer cette guerre contre les groupes djihadistes, on ne prépare pas l’armée de terre aux futures guerres de haute intensité. » C’est-à-dire à ces bons vieux conflits internationaux qui, paraît-il, nous pendent au nez.

Mais le général Lecointre, lui, n’a pas de ces pudeurs : « Ce que nos soldats gagnent ici (au Sahel) en aguerrissement, ils le perdent en capacité (sic) à faire de la haute intensité (re-sic) », a-t-il déclaré au « Monde » (17/12).

Macron pourrait-il envisager de réduire les effectifs du contingent Barkhane ?

François Lecointre y serait favorable. Reste que, à en croire des diplomates français et africains, sans le maintien de l’intervention française, un califat aurait déjà été instauré au Mali et au Burkina Faso, où, sous la pression des terroristes, plusieurs milliers d’écoles ont disparu et où leurs enseignants ont dû s’enfuir, quand ils n’ont pas été assassinés.

Dès lors, le risque serait grand de voir des djihadistes s’infiltrer plus aisément qu’aujourd’hui au Niger, en Côte d’Ivoire, au Tchad, voire plus loin encore.

Un espoir cependant : que les groupes terroristes, liés les uns à Al-Qaida et les autres à Daech, continuent de s’étriper comme ils l’ont fait récemment dans le nord du Mali et au Burkina.

Mais qui oserait miser sur ces querelles entre tueurs pour prédire l’avenir du Sahel ?


  • Divergence insoluble entre la France et le Mali ? Les militaires, qui ont pris le pouvoir à Bamako, en août, continuent de négocier avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, lié à Al-Qaida. « Il faut savoir engager le dialogue avec tous les enfants du Mali, sans exclusive », se justifie le Premier ministre malien. Or, comme l’ont déclaré Macron, Le Drian, Parly et le général Lecointre, la chasse à ces djihadistes, qui veulent instaurer la charia et continuer à pratiquer les excisions (80 % des Maliennes en ont déjà été victimes), se poursuivra.

Claude Angeli. Le Canard Enchainé – 23/12/2020