Grave : La Forêt françaises aux spéculateurs !

La loi ASAP, votée le 6 octobre, permet d’assermenter des agents de droit privé au sein de l’Office national des forêts (ONF). Et cela ne sera pas sans conséquence.

FORÊTS – Un projet de loi « fourre-tout », selon les mots de l’opposition (et comme le gouvernement en « pond » régulièrement depuis la macronie en place …) . […] la loi “d’Accélération et de Simplification de l’Action Publique” (ASAP), votée mercredi 6 octobre, est tentaculaire et touche, entre autres, à de nombreux aspects des services publics.

Un article inquiète notamment les défenseurs de l’environnement.

Les parlementaires ont ainsi accepté « d’élargir les possibilités de recrutement d’agents contractuels de droit privé » au sein de l’Office national des forêts (ONF) et de permettre l’assermentation de ceux-ci pour des tâches régaliennes jusqu’ici réservées aux gardes forestiers de droit public, comme la « constatation de certaines infractions ».

Dans une lettre ouverte réclamant la suppression de cet article 33, plusieurs ONG et syndicats dénoncent des dispositions qui « accélèrent le démantèlement et hypothèquent l’avenir de la forêt publique ». Des inquiétudes renforcées par les multiples réformes qui ont touchées l’ONF ces dernières années et le déficit chronique dans lequel l’établissement est maintenu.

« Depuis 30 ans, le nombre de gardes forestiers assermentés est passé de 9000 à 3000 sur l’ensemble des forêts publiques soit 10% du territoire. L’application en l’état de l’article 33 de la loi ASAP permettrait d’en réduire encore fortement le nombre au détriment de la protection des écosystèmes forestiers », ajoutent les signataires de la missive.

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Dans leur rapport remis en juin à Emmanuel Macron, les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat proposaient justement d’augmenter les effectifs de l’ONF pour en “garantir une gestion nationale et indépendante de tout intérêt financier privé”.

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l’endettement de 400 millions d’euros de l’établissement public l’incite à se tourner vers les activités les plus lucratives, au détriment de la surveillance et du contrôle des forêts et de la biodiversité, selon Cyril Gilet.  […]


Pierre Temblay. Huffington Post. Source (Extrait)


Autre lecture

Tronçonnage de l’ONF

Les effectifs de l’établissement public, endetté, vont encore baisser en 2021. De son côté, le gouvernement investit des millions dans la plantation massive d’arbres, au risque d’oublier que les forêts ont besoin de forestiers.

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Tout le monde s’accorde sur le constat : les massifs forestiers sont ravagés par la sécheresse et la prolifération d’insectes ravageurs, scolytes en tête. Mais sur le terrain, la réponse apportée par l’exécutif ne convainc pas. « Il n’y a même pas de quoi replanter les forêts publiques mortes en 2018 et 2019 », calcule Philippe Canal, agent de l’ONF et secrétaire général du Snupfen Solidaires. Ce patrimoine public ne représente au demeurant qu’un quart de la forêt française.

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Il y aura bien, dans les 150 millions d’euros dédiés au renouvellement forestier, 30 millions pour les forêts domaniales gérées par l’Office. Mais, comme le rappelle Philippe Canal, « replanter des arbres n’est qu’une petite partie de la solution » face au changement climatique. « On a besoin de monde sur le terrain pour effectuer un suivi des plantations, regarder sur le temps long comment l’écosystème réagit et invente ses propres solutions. Ce travail-là est impossible à mener, les moyens humains sont réduits en permanence. »

En 20 ans, les effectifs de l’ONF ont été amputés de 40 %. À la fin des années quatre-vingt-dix, l’établissement public comptait 15.000 salariés. Ils n’étaient plus que 8.551 équivalents temps plein en 2019. Et la tendance n’est pas près de s’inverser.

Dans son budget pour 2021, l’ONF prévoit de supprimer encore 95 emplois. Une baisse sanctuarisée dans le projet de loi de finances pour 2021, malgré l’opposition d’une alliance hétéroclite de députés.  […]

Le vote du budget, lors du conseil d’administration du 16 décembre 2020, est révélateur des désaccords stratégiques entre la tête et le corps de l’ONF.

Selon un document de communication interne transmis par la direction, le budget 2021 a été adopté par les administrateurs. Les représentants des organisations syndicales ont voté contre. Insuffisant pour inverser le rapport de force.

Résultat, le plafond d’endettement autorisé pour l’établissement public est relevé à 550 millions d’euros. Et l’ONF va encore accélérer le recours aux salariés de droit privé, bien aidé par la loi d’accélération et de simplification de l’action publique promulguée début décembre.

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Lucas Martin-Brodzicki. L’Humanité. Source (extrait)