Sous la « pression » des édiles …

Les maires veulent faire remonter leurs « solutions locales ».

Un grand raout politique doit rassembler à Roubaix, ces prochaines semaines, plus de 200 maires de moyennes et grandes villes, représentant 10 millions d’habitants. A la barbe de Jean Castex se tiendra le premier Conseil national des solutions, où ils présenteront, disent-ils, « des recettes qui marchent » dans les quartiers et méritent de faire école.

Signataires, le 14 novembre, d’un appel pressant pour « non-assistance à territoires en danger », ces élus incarnent la mauvaise conscience de la politique de la ville façon Macron. En 2018, ce dernier avait enterré en beauté le plan Borloo, consacré aux communes défavorisées.

Réticent, Castex a prié Nadia Hai, sa ministre de la Ville, de déminer le terrain. Celle-ci s’est donc rendue à Roubaix le 4 décembre, à Chanteloup-les-Vignes le 16, à Grigny le 18, à la rencontre des maires qui mènent la fronde.

Le fait est que la crise sanitaire a sérieusement aggravé l’état des 1.514 quartiers prioritaires (répartis dans 859 communes) : distributions de repas doublées pour les Restos du coeur, impayés de loyer en hausse de 10 à 20 %, pénurie de jobs pour les plus Jeunes, etc. En avril, déjà, le préfet de la Seine-Saint-Denis évoquait le risque d’« émeutes de la faim ».

Soutien « dégoulinant »

Le 23 novembre, par visioconférence, Jean Castex a promis aux maires le milliard — soit 1 % du plan de relance qu’ils réclamaient pour les quartiers populaires. Mais il a refusé de le « flécher » vers les priorités qu’ils avaient indiquées : un fonds d’urgence de 200 millions, 200 autres millions pour les maisons médicales, etc. Matignon déplore ce « toujours plus » des élus, au moment où la Cour des comptes vient de rappeler que l’Etat dépensait 10 milliards par an pour « réduire les écarts » entre cités riches et pauvres.

Vrai, mais ces moyens, souligne aussi la Cour, « répondent insuffisamment aux besoins des quartiers et de leurs habitants ». Et « la politique de la Ville relève encore trop d’une vision nationale prescriptive ». Autrement dit, renchérit Catherine Arenou, la. maire (divers-droite) de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), « le système dégoulinant, qui ruisselle d’en haut, ça ne marche pas ».

Or certaines solutions gérées « d’en bas », préconisées par les maires dans leur appel du 14 novembre, fonctionnent sans ruiner l’Etat. Ainsi de la mise en place des « colos apprenantes » qui, cet été, ont permis à des centaines d’enfants supplémentaires de partir.

A Chanteloup, elles bénéficient de l’appui d’étudiants de l’Essec, qui valident ainsi un stage de terrain de deux mois. Depuis l’an dernier, ces mêmes étudiants assurent aussi un tutorat d’élèves à partir de la classe de 4e, avec cet objectif : « Une grande école, pourquoi pas moi ? »

La mairie (PS) de Blois finance, elle, des profs volontaires pour renforcer le soutien scolaire en primaire.

Montaigne à l’essai

Le sport, précieux pour les jeunes en décrochage scolaire, a beaucoup souffert de la crise : à la chute de 20 à 40 % des inscrits s’est ajoutée la suppression des contrats aidés. A Grigny (Essonne), tout comme à Chanteloup, la mairie aide à financer les licences sous la forme d’un « Pass’sport ».

Roubaix, de son côté, a mis au point un partenariat avec les entreprises locales pour former des coachs capables de redonner confiance aux jeunes en vue d’une embauche.

Des projets plus coûteux sont également proposés par le collectif. Le milliard promis par Castex suffira-t-il ? Un récent rapport (13/12) du très libéral Institut Montaigne préconise de consacrer 30 milliards d’euros aux plus pauvres (chèques consommation, prêts garantis, aides sociales) pour soutenir leur pouvoir d’achat, bien plus affecté que celui des riches.

Thierry Falconnet, le maire (PS) de Chenôve (Côte-d’Or), a mis en place (aux côtés, notamment, du département et de Pôle emploi) un « revenu municipal jeunes » pour ceux « qui se retrouvent sans rien » (ni job d’été, ni intérim, ni CDD) (une sorte de RSA junior, qui ne fait pas l’unanimité chez les 200 maires).

Grigny grignote le désert médical

Grigny, pour sa part, lutte contre le désert médical et finance des médecins salariés avec l’aide d’une association. « On a réussi à faire revenir des gynécos et des dentistes dans la cité, des médecins dans les écoles », souligne Philippe Rio, le maire (PCF) de la ville.

Quant à l’édile (divers-droite) de Roubaix, Guillaume Delbar, il propose à des mallogés des « maisons à 1 euro » (logis abandonnés d’une surface moyenne de 70 m2 où seuls restent à charge les travaux de réhabilitation).

Même si le gouvernement bloque la plupart des amendements à la loi de finances inspirés par l’appel du 14 novembre, il vient de faire une concession à la « verticalité » en demandant aux préfets d’associer, au sein de chaque département, des maires de banlieue aux comités régionaux de suivi du plan de relance.


David Fontaine. Le Canard Enchainé. 23/12/2020