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Avec ces achats Bolloré (tout comme ses acolytes Arnault, Niel, Drahi, etc.) entendraient non seulement faire main basse sur l’édition mais aussi sur l’information et sa diffusion … Autrement dit : entendraient diriger la pensée des français … fort heureusement il reste quelques éditeurs hors de leurs prégnances permettant de percevoir d’autres versions des événements et interviews divers. MC

Entre deux limogeages de journalistes, Vincent Bolloré continue de faire son marché dans la presse. Liasses de billets à la main, le premier actionnaire de Vivendi vient de s’arrêter devant le stand des magazines, et de se payer le groupe Prisma, sans l’avoir vraiment prémédité. A en croire son entourage, il y avait une promo de Noël à saisir… Or Bolloré n’est pas du genre à bouder les soldes.

Primo, Prisma n’était pas cher : « moins de 200 millions d’euros », confirme un proche. Deuzio, avec un chiffre d’affaires rondelet (304 millions d’euros en 2019) et un résultat d’exploitation honorable, son tiroir-caisse reste correctement huilé. Tertio : ses gazettes ont plutôt bien pris le virage du numérique, leurs sites Internet représentant désormais un quart des rentrées d’oseille annuelles.

En prime, le mastodonte Prisma, qui fait aussi bien dans la dentelle « people » (« Voici », « Gala ») que dans l’aventure (« Géo »), le business (« Capital ») ou la distraction à la chaîne (« Télé-Loisirs », « Télé 2 Semaines », etc.), représente un gigantesque grenier à pubs. Un partenaire idéal pour l’agence Havas, autre joyau de la couronne dirigé par Yannick, le fiston.

Les Bolloré, c’est bien connu, sont des adeptes de l’économie en vase clos. Et surtout en famille.

L’enlèvement d’Europe ?

Toujours au nom des fameuses « synergies de groupe », le patron de Vivendi repasse aussi régulièrement par le rayon des bonnes affaires Lagardère. Si le commerce y est plus laborieux, l’appétit reste féroce. A défaut d’avaler « Le Journal du dimanche » et « Paris Match », le bougre se cramponne à son projet d’acquisition d’Europe 1.

Après la reprise de Canal+, il y a cinq ans, l’ex-directeur Rodolphe Belmer lui avait vendu l’idée qu’un rapprochement entre l’ex-chaîne d’info i-Télé (devenue CNews) et la station Lagardère s’avérerait forcément gagnant-gagnant : même type de public, selon lui, et cible publicitaire identique, les très prisées « CSP + » (catégories socioprofessionnelles supérieures).

Depuis, Bolloré, inspiré par le modèle BFMTV/RMC, n’a pas lâché son rêve d’un attelage entre une chaîne du groupe Canal et Europe 1.

Certes, la très droitière CNews n’a plus grand-chose à voir avec feu i-Télé, mais son proprio est très fier de son bébé, et persuadé qu’une alliance avec la station Lagardère serait du plus bel effet. Mais, chut, les salariés d’Europe 1 pourraient se révéler moins enthousiastes…

Jusqu’ici, Bolloré a été tenu à distance de la radio par l’arrivée de Bernard Arnault à la rescousse d’Arnaud Lagardère.

Entre les trois hommes d’affaires, cependant, les négociations ont récemment repris.

Le déménageur breton sait qu’il n’est pas près de prendre le contrôle du groupe Lagardère : la justice vient de repousser son offensive pour récupérer des fauteuils d’administrateur. Néanmoins, il pense pouvoir, dès 2021, acheter Europe 1.

Les trois pédégés s’accordent sur une estimation comprise entre 200 et 300 millions d’euros. Et, s’il faut un peu bousculer le vendeur, toutes les grosses ficelles sont bonnes.

Ces derniers temps, une drôle de rengaine est parvenue aux oreilles de Bernard Arnault. Selon des proches de l’empereur du luxe, Nicolas Sarkozy, administrateur du groupe Lagardère, raconte à ses intimes que Vincent Bolloré finira par acheter une grande radio généraliste, que cela plaise ou non à Emmanuel Macron. Et si ce n’est pas Europe 1, eh bien, ce sera RTL !

« Super catho » aux anges

Pour cela, il faudrait que la radio, détenue par Bertelsmann, soit à vendre, ainsi que M6, puisque le pédégé de cette dernière, Nicolas de Tavernost, a réussi à lier indéfectiblement le destin des deux médias. L’entourage d’Arnault chiffre l’opération aux alentours du milliard d’euros. Le message est clair : rien n’effraie l’ogre Bolloré…

La démarche patrimoniale de « Super Catho » n’échappe à personne : papa veut laisser à ses héritiers un empire mondial des médias et… de l’édition, aux revenus plus assurés.

Après le rachat d’Editis en 2019, Vivendi convoite Hachette, la dernière vraie machine à cash du groupe Lagardère. Cette pépite vaut, au bas mot, 2 milliards d’euros, et Lagardère n’est pas complètement chaud pour s’en séparer. Bolloré vise surtout la branche américaine car, à cause d’un fâcheux problème de concentration, « il faudrait revendre la partie nationale d’Hachette ou céder Editis »…

Chez Vivendi, on assure crânement pouvoir compter sur une trésorerie de « 10 milliards de lignes de crédit » (sic), à ajouter aux 3 milliards récemment empochés lors de la vente de 10 % d’Universal au chinois Tencent. Sachant qu’une nouvelle tranche d’Universal sera prochainement vendue au même…


Odile Benyahia-Kouideret Christophe Nobili. Le Canard Enchainé. 23/12/2020