Intimidations, Menaces

Délations, d’embrouilles, d’absence de respect …

Eric Legros, fromager de son état, à Saint-Denis, n’aurait jamais dû avoir un projecteur braqué sur lui ni faire l’objet d’articles autres que pour vanter son échoppe et ses produits dans la presse locale.

Apprécié de ses clients, il a connu récemment quelques déboires avec des islamistes dionysiens […] .

Ex-éducateur spécialisé reconverti dans les camemberts et les crottins de chèvre, le fromager est un fan de Charlie. Au début du procès des attentats de 2015, il affiche la « une » du journal sur la vitrine de sa boutique, Place au fromage. On y voit les caricatures de Mahomet et la phrase qui résume l’absurdité abyssale de ce massacre : « Tout ça pour ça ».

« Cette «une» résumait mon état d’esprit. Je n’aurais pas pu mieux dire, explique Éric Legros. Après le 7 janvier 2015, on était nombreux à soutenir la liberté d’expression. Cinq ans après, ce n’était plus la même musique. À mon niveau, j’ai voulu montrer mon soutien inconditionnel à votre journal. Au droit de rire de tout et de critiquer les religions. »

Une petite semaine après l’affichage de cette « une » et alors qu’il allait fermer boutique, discutant avec un ami et client, il remarque un homme qui le fixe de manière insistante et se met à l’injurier. « Le type est entré en hurlant et en nous insultant ». On était interloqués. J’ai pensé : « Heureusement que mon pote a fait des arts martiaux… » On ne comprenait pas du tout ce qui se passait. »

Entre-temps, l’excité avait arraché la couverture de Charlie, en avait fait une boule, avant de lancer au fromager : « Je vais te la mettre dans le cul. » « Tout ça pour ça », rigole a posteriori le commerçant, qui reconnaît pourtant que, sur le coup, les quelques minutes qu’a duré l’agression lui ont paru une éternité.

Mais comme le fromager n’est pas du genre à se laisser intimider, semaine après semaine, il continue d’afficher les couvertures de Charlie. « J’avais laissé sur la vitrine les stigmates de l’agression, ce qui me permettait d’en parler avec mes clients. La plupart m’encourageaient, bien sûr. » Mais pas tous…

Quinze jours après la première altercation, rebelote. « Un type patibulaire mais presque, comme disait Coluche, est entré et voulait des explications sur les personnages en « une » », raconte encore Éric Legros. On y voyait Edwy Plenel, Jean-Luc Mélenchon et Tariq Ramadan, un Coton-Tige dans le nez, avec cette légende : « Plutôt Charlie ou Kouachi? ».

Téléphone à la main, l’inconnu filme la boutique, puis appelle une sorte de mentor pour lui raconter ce qu’il voit. « C’était encore plus flippant que la première agression. J’ai vu un homme aux ordres. Le genre de type qui, si on lui dit de tuer, ne se posera pas de question et obéira aveuglément », analyse Eric.

Mais ça ne s’arrête pas là.

Entre autres douceurs, le fromager de Saint-Denis a aussi subi un appel au boycott de sa boutique et des accusations de racisme à son encontre de la part d’une furie sur Facebook.

À force, ça fait beaucoup pour un seul homme. Eric Legros a décidé de porter plainte. « Certains disent que je suis courageux, d’autres, un héros ou un kamikaze. Je ne suis rien de tout ça. Ma grand-mère, qui cachait des Juifs durant la guerre, ça, c’était courageux. Moi, je veux juste avoir le droit d’afficher mes convictions, tout comme la librairie islamique affiche les siennes, juste en face de mon commerce. »

L’enquête est en cours. Au commissariat de Saint-Denis, on lui aurait donné comme conseil d’éviter d’afficher les « unes » de Charlie…


Natacha Devanda. Charlie Hebdo – 23/12/2020


Note de l’administrateur : en relayant cet article nous n’entendons pas mettre en avant « l’exploit » « ridicule forfanterie » de ce fromager de Saint-Denis.

Pour autant, si le commerçant avait décider non pas d’afficher la « Une » de Charlie hebdo mais une position anti catholique ou anti juive, il aurait aussitôt encouru quelques assignations en justice.

Pour notre part nous ne pouvons comprendre son attitude, un fromager n’est pas un vendeur de journaux. En affichant son positionnement publiquement, il s’expose bien évidemment à un droit d’opposition.

On revient alors à la question : Peut-on tout afficher publiquement ? Actuellement, nous n’avons pas la réponse. MC