Brexit : un accord trouvé …

… qui semble satisfaire à la fois, les autorités anglaises de Johnson et la présidence européenne mais qui ne satisfait pas un bon nombre de résidant anglais et met en exergue les divergences entre états membres du royaume (en l’’occurrence) pas si unis que cela, depuis le Brexit …

Vu par « Le Monde ». Titre (lecture libre) : « Britanniques et Européens saluent un « bon accord » sur les relations post-Brexit » Lien

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Après des années de déchirements, la page du Brexit sera définitivement tournée à la fin de l’année : les négociateurs européens et britanniques ont fini par parvenir à un accord sur les relations commerciales post-Brexit, jeudi 24 décembre 2020. Un « bon accord », ont affirmé Britanniques et Européens dans la foulée.

C’est un « bon accord, équilibré » et « juste » pour chaque partie, a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d’une conférence de presse. Le Royaume-Uni restera « un partenaire digne de confiance » de l’Union européenne (UE), a-t-elle assuré,  […]

Le premier ministre britannique, Boris Johnson […] : « Je le dis directement à nos amis et partenaires de l’UE : je pense que cet accord signifie une nouvelle stabilité et une nouvelle certitude dans ce qui était une relation parfois acrimonieuse et difficile » pendant près d’un demi-siècle au sein du bloc européen, a déclaré le chef du gouvernement conservateur, qui avait ardemment milité pour le Brexit lors de la campagne pour le référendum de 2016, remportée à 52 % par son camp.

« Nous serons votre allié »

« Nous serons votre ami, votre allié, votre soutien et, ne l’oublions pas, votre premier marché, parce que, même si nous avons quitté l’UE, ce pays reste culturellement, émotionnellement, historiquement, stratégiquement et géopolitiquement attaché à l’Europe », a-t-il poursuivi. […] « Nous avons repris le contrôle de nos lois, de notre destin », a-t-il poursuivi.

La conclusion de cet accord constitue une victoire pour M. Johnson, triomphant dans les urnes il y a un an avec la promesse de réaliser le Brexit, mais qui a depuis passé une année calamiteuse, sa gestion de la pandémie due au nouveau coronavirus étant très critiquée.

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« Fermeté européenne »

L’opposition britannique votera pour l’accord post-Brexit conclu jeudi, a d’ailleurs annoncé son chef, Keir Starmer, pour qui ce texte n’est pas celui que M. Johnson avait promis. « Nous acceptons cet accord, mais ses conséquences sont les vôtres et rien que les vôtres », a-t-il déclaré à l’adresse du gouvernement britannique, qui dispose d’une très large majorité au Parlement.

« L’unité et la fermeté européennes ont payé », s’est félicité pour sa part Emmanuel Macron. « L’accord avec le Royaume-Uni est essentiel pour protéger nos citoyens, nos pêcheurs, nos producteurs. Nous nous assurerons que c’est bien le cas », a averti cependant le président français sur Twitter, ajoutant que « l’Europe avance et peut regarder vers l’avenir, unie, souveraine et forte ».

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La chancelière allemande, Angela Merkel, s’est dite « confiante » dans un bref communiqué : « Je suis très confiante dans le fait que nous avons ici un bon résultat. Avec cet accord, nous jetons les bases d’un nouveau chapitre dans nos relations. Le Royaume-Uni continuera d’être un partenaire important pour l’Allemagne et pour l’Union européenne en dehors de l’Union européenne ».

En Irlande, un accord « bienvenu »

Le premier ministre irlandais, Micheal Martin, a salué jeudi la conclusion d’un accord commercial post-Brexit « équilibré », son chef de la diplomatie se réjouissant que soit évité le retour d’une frontière physique sur l’île d’Irlande.

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Les pêcheurs français préservés, pour les présidents de région

« Le Brexit restera une mauvaise aventure pour l’Europe mais cet accord préserve pour l’instant la pêche, activité majeure de nos régions », ont déclaré Loïg Chesnais-Girard et Hervé Morin, présidents de la région Bretagne et Normandie, dans un communiqué commun, estimant que « le pire aurait été un Brexit sans accord ».

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Le ministère français de la mer a dévoilé jeudi plusieurs mesures du plan d’accompagnement des pêcheurs et mareyeurs qui « pourront bénéficier d’une aide forfaitaire pouvant aller jusqu’à 30 000 euros en fonction de leur dépendance aux produits capturés dans les eaux britanniques ».

Le Monde


Pour Gaël De Santis, dans article titré : « Brexit : un accord trouvé, la gauche appelle à examiner le texte » dans « l’Humanité ». Lien (extrait)


L’accord de libre-échange conclu ce jeudi 24 décembre 2020 acte la séparation entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. L’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni sont parvenus, ce jeudi 24 décembre, à définir les contours de leur future relation. Cet accord en matière de sécurité et de commerce intervient quatre ans et demi après le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Cet accord de 2.000 pages devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2021, date de la fin de la période de transition, et devrait être validé a posteriori par le Parlement européen et par le Conseil européen, qui rassemble les 27 États restants dans l’UE.

« Tout ce qui a été promis au public britannique lors du référendum de 2016 et au cours de l’élection générale de l’an passé a été fourni par cet accord. Nous avons pris le contrôle de notre argent, de nos frontières, de nos lois, de notre commerce et de nos zones de pêche », a exulté dans un communiqué le premier ministre britannique conservateur Boris Johnson.

Celui-ci avait été l’un des artisans de la campagne du « Leave », la sortie du Royaume-Uni de l’UE, expliquant que son pays pourrait se débrouiller seul en multipliant les accords de libre-échange et en ne respectant plus la réglementation sociale de l’UE […]. Pendant longtemps, il avait été le partisan  […] d’un Brexit dur, sans accord avec l’UE. Cela devait signifier que les relations entre son pays et le bloc que le Royaume-Uni avait rejoint en 1973 devaient être régies par les règles de l’OMC. Après cinquante ans d’interdépendance, une telle solution, avec notamment des droits de douane, posait problème aux entreprises britanniques comme européennes.

Des dispositions antidumping, mais…

L’accord qui est arrivé à sa conclusion est donc un accord de libre-échange. Il n’y aura pas de droits de douane. Mais le pari des conservateurs britanniques n’est que partiellement rempli. L’UE et son négociateur, Michel Barnier, ont obtenu une concession de taille de la part de Londres : des taxes pourront être réinstaurées au cas où l’une des deux parties adopte des règles sociales ou environnementales qui constitueraient une concurrence déloyale.

Avec Boris Johnson et les Tories à sa tête, le gouvernement britannique n’avait guère fait de mystère de vouloir renforcer la compétitivité en jouant la carte du moins-disant salarial.

Ursula Von Der Leyen a qualifié l’accord trouvé à la veille de Noël de « bon accord, équilibré » et de « juste » pour les deux parties. L’avenir dira si la Commission européenne qu’elle préside aura la volonté de faire respecter les dispositions antidumping présentes dans l’accord.

Ces dernières décennies, Bruxelles a multiplié les concessions pour que le Royaume-Uni n’ait pas à respecter une partie de la législation sociale. Ainsi, Londres bénéficiait d’une dérogation quant à l’application de la Charte des droits fondamentaux, censée être l’un des piliers de « l’Europe sociale ».

Michel Barnier, qui a mené la négociation pour l’UE, a fait valoir que ce type de dispositions antidumping était un modèle, et qu’il faudrait s’en inspirer pour les futurs accords de libre-échange.

L’accord de libre-échange est une bonne nouvelle pour Boris Johnson, dont les services ont peiné, au long de l’année 2020, à conclure des traités commerciaux avec d’autres zones du monde (ce qui avait été vendu comme l’une des conditions du succès du Brexit en 2016). Peut-être cela l’aidera-t-il à faire avancer les négociations avec Washington.

Un compromis sur la pêche

Ces derniers jours, la conclusion de l’accord avait tardé du fait de divergences sur les futurs droits de pêche. Les flottes européennes  […] s’étaient bâties ces dernières décennies sur la promesse d’un accès aux eaux territoriales britanniques. Le gouvernement britannique avait dit vouloir récupérer sa souveraineté (y compris un moment en professant qu’il enverrait la marine chasser les pêcheurs européens). 

Un compromis a été trouvé sur ce dossier. Les pêcheurs européens devront renoncer à 25 % de la valeur de leurs prises – d’un total de 650 millions d’euros – d’ici juin 2026. Ensuite, l’accès pour les flottes européennes aux eaux britanniques sera renégocié annuellement.

Un Royaume désuni

Le détail du texte ne sera connu que dans les prochains jours. Et comme pour tous les accords de libre-échange, les mouvements citoyens, la gauche et les syndicats devront être vigilants.

Ainsi, il faudra voir quel accès au marché européen est accordé aux services financiers britanniques de la City, cheval de Troie de la dérégulation en Europe.  […]

L’accord fait déjà des malheureux.  […] Le Royaume-Uni se retire du programme Erasmus, qui permet aux étudiants européens de suivre une année à l’université dans un autre pays.

Par ailleurs, la première ministre écossaise Nicola Sturgeon a rappelé après l’annonce de l’accord que le Brexit se faisait « contre la volonté de l’Écosse ». Plus tôt dans la journée, la dirigeante du Parti nationaliste écossais (SNP) se plaignait que le secteur de la pomme de terre écossaise est le grand sacrifié de l’accord.

Le Royaume-Uni sort de l’Union, mais il fait face à sa propre désunion.