Étiquettes

Pourquoi se gêner … et des racontars …

Les initiés du Château

Une fois président, Giscard a pensé parfois à mettre l’intérêt financier de sa famille à la barre. En témoigne sa feuille d’impôt sur le revenu publiée par « Le Canard », le 27 juin 1989. On y découvre que Valéry et son épouse, Anne-Aymone, ont continué de fréquenter la Bourse alors même que l’Elysée était dépositaire des informations les plus confidentielles sur la vie économique du pays…

En 1978, le couple présidentiel encaisse 185.565 francs de revenus d’actions (environ 106.000 euros, inflation incluse). Dans le même temps, il investit 181.962 francs dans diverses sociétés. A ce petit jeu, Anne-Aymone se distingue : début juillet 1980, la première dame achète des actions Rhône-Poulenc.

Deux jours plus tard, les cours flambent après l’annonce de la vente de plusieurs filiales de la firme au groupe Elf, contrôlé par l’Etat. Cette dernière opération a été montée avec l’aval de l’Elysée et du gouvernement : c’est donc par pur hasard que l’épouse du chef de l’Etat a misé sur Rhône-Poulenc.

Racontée par « Le Canard », l’affaire embarrasse le Château, qui assure : il ne s’agit que d’un paquet de 300 actions, revendues ensuite avec un bénéfice « proche de zéro ».

La Présidence ne publie aucun document à l’appui. Mais qui pourrait douter de la parole des Giscard ?


Ce super-menteur de Chirac !

Le 15 décembre 1995 (moins d’un mois avant sa mort), François Mitterrand reçoit, à sa demande, Valéry Giscard d’Estaing dans l’appartement qu’il occupe près de l’École militaire, à Paris. Malgré le cancer qui le ronge, le successeur de Giscard fait l’effort de l’accueillir en bas de l’immeuble.

La conversation entre les deux hommes va durer près d’une heure. Après les banalités d’usage, Giscard (qui, contrairement à ses dires, n’a jamais jeté la rancune à la rivière) pose à Mitterrand une question qui paraît l’obséder depuis quinze ans : a-t-il bien dîné en secret avec Chirac en octobre 1980, six mois avant la présidentielle ?

Autrement dit, Giscard a-t-il été trahi par Chirac, qui aurait pactisé avec son adversaire ? On dirait bien que oui.

La rencontre cachée a été organisée, au domicile de la socialiste Édith Cresson, à la demande du député RPR Jean de Lipkowski. A la fin du dîner, racontera François Mitterrand, les deux hommes s’isolent au salon ; au cours de leur discussion, Jacques Chirac lui confie que « Giscard est un danger pour la France » et lui répète à plusieurs reprises : « Il faut nous en débarrasser. »

A ce moment de la conversation, l’ancien président apprend à son successeur que Chirac lui a donné sa parole : ce dîner n’a jamais eu lieu !

Selon le récit qu’il en fera plus tard à des proches, Mitterrand lâche alors, dans un éclat de rire : « Et vous l’avez cru ?»

Quatorze ans plus tard, dans le premier tome de ses « Mémoires », Chirac, qui ne peut plus mentir (car Édith Cresson, à son tour, a confirmé que ce dîner avait bien eu lieu), reconnaît enfin la vérité. Mais il assurera qu’ « il n’y eut rien de mémorable ».

Cette fois encore, personne ne le crut.


Article non signé. Le Canard Enchaîné. 09/12/2020