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Aucun gouvernement n’a fait autant pour l’écologie. Pour autant, est-ce suffisant ? Non. Faut-il en faire plus ? Oui », s’est lui-même congratulé et interrogé Macron, lundi [14 Déc 2020], devant la Convention citoyenne pour le climat, qu’il avait réunie pour la troisième fois.

Macron a cette « Convention citoyenne » devait-il en faire des tonnes ?

La réponse est apparemment oui. Car celui qui est, malgré son autosatisfecit, suspecté d’être un piètre défenseur de la cause climatique, un écolo à la Sarko, lequel trouvait que « ça commen[çait] à bien faire », n’y est pas allé mollo dans son show censé démontrer le contraire.

Il est vrai que, entre sa sortie sur les « amish » anti-5G et son « Je ne veux pas dire que, parce que 150 citoyens ont écrit un truc, c’est la Bible ou le Coran », les membres de la Convention étaient en droit d’avoir quelques préventions.

D’autant que les plus remontés d’entre eux avaient décliné l’invitation, estimant que leurs 149 propositions, dont Macron leur avait garanti à trois exceptions près la reprise « sans filtre », avaient déjà été non seulement filtrées, mais aussi « détricotées » ou remises en question.

En l’entendant leur expliquer que « les choix pris pour l’écologie doivent être acceptables pour les Français », les présents ont vite redouté que les mesures qui avaient jusqu’ici résisté à la moulinette ne soient « encore amoindries ».

Une explication de texte sur la nécessité des « filtres » en démocratie et sur la « réindustrialisation par le numérique » les a évidemment confortés dans leurs craintes.

C’était oublier que Macron a pris des leçons de théâtre et que, si c’est d’écologie qu’il se pique, il fait d’abord et surtout de la politique.

Et c’est ainsi que, après pas loin de quatre heures de show pour faire monter la tension dramatique, il a sorti, en surjouant ses effets, l’organisation d’un référendum pour l’inscription de la lutte climatique dans l’article 1er de la Constitution. Mieux que « la Bible ou le Coran », les tables de la loi !

Symbole fort garanti, on applaudit et on dit merci qui ? Les théâtres sont fermés, mais le spectacle est assuré ! Et il n’est pas terminé, ce n’est pas l’affaire d’un seul soir, il est prévu pour durer.

La proposition « sera transmise en même temps que le projet de loi Climat, qui sera présenté en Conseil des ministres » courant janvier. Ensuite, elle devra passer par l’Assemblée et le Sénat, pour être « votée en des termes identiques » avant d’être « soumise à référendum ». Rebondissements assurés !

L’artiste n’est pas mécontent de lui et persuadé d’avoir bien joué.

Non seulement cette annonce de référendum, qui faisait partie des voeux des « 150 citoyens », va les calmer pour un moment sur le reste de leurs propositions édulcorées, écartées du projet de loi ou renvoyées à un traitement au niveau européen, plus lointain. Et, au cas où le Sénat viendrait, comme plusieurs réactions le laissent fortement supposer, lui chercher des noises sur le sujet, ce seraient les sénateurs qui passeraient pour des ennemis du climat en refusant un additif vert à l’article 1er de la Constitution, et lui pour un vrai défenseur de l’écologie. Tandis qu’une adhésion des mêmes au projet pourrait également le conforter en écolo estampillé : gagnant-gagnant !

Sauf que le référendum comporte toujours un risque : celui que le binaire « oui ou non» soit détourné de son objet au détriment de celui qui pose la question. C’est-à-dire, dans ce cas précis, en référendum pour ou contre Macron.

Un risque à ne pas complètement écarter pour l’écolo de l’Elysée, qui a moins progressé dans la défense de la cause climatique que dans l’art de s’en servir pour un coup politique.


Édito de Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 19/12/2020