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Dire qu’un bon nombre de personnes décriaient (avec de vrais raisons, certes) le fichage systématique des citoyens par les regimes dits « de l’est » (oubliant au passage que toutes les autres états faisaient – et font toujours – de même) , les dernières dispositions prises « en décrets » (sans que les deux assemblées aient leur mot à dire) va exactement dans le même sens : tous fichés. MC

Vive le joli couple Macron – Darmanin

Grâce aux trois décrets sur les fichiers de police parus le 4 décembre, poulets et pandores vont étrenner une nouveauté juridique : ils ont désormais la possibilité de collecter (dans certains cas) des données relatives à « des opinions politiques, des convictions philosophiques, religieuses ou une appartenance syndicale ». Cette liste (qui a fait sortir de ses gonds le patron de FO, Yves Veyrier) pourra également être enrichie de multiples informations, comme les « comportements et habitudes de vie » du suspect, ses « pratiques sportives » ou ses « facteurs de fragilité », qui côtoieront ses « addictions », ses « liens avec des groupes extrémistes » ou ses « facteurs de dangerosité ».

Gérald Darmanin martèle que la sécurité des Français dépend de ce fichage XXL, destiné (en principe) à lutter contre les terroristes, Black Blocs, hooligans, casseurs et autres énervés. Sauf que le contrôle desdits fichiers laisse largement à désirer.

En pratique, rien n’empêche les enquêteurs de stocker des données interdites ou de ficher des gens qui n’ont aucune rai­son de l’être. La preuve : avant même d’avoir été légalisées, le 4 décembre, les nouvelles possibilités de fichage étaient déjà utilisées en toute impunité par les services de police et de gendarmerie. Cet aveu ingénu figure noir sur blanc dans l’avis sur les projets de décret rendu en juin par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Celle-ci a relevé qu’il s’agissait pour l’Etat de « tenir compte de l’évolution de certaines pratiques ( …) et, ce faisant, de les régulariser ». En attendant, sans doute, de nouvelles « évolutions » qu’il conviendra de « régulariser » plus tard, et ainsi de suite…

Ce constat n’a pas empêché la Cnil (qui est censée jouer le gendarme des fichiers) de laisser les poulets poursuivre leurs pratiques illégales. « Il n’y a pas de contrôle extérieur sérieux sur les fichiers de renseignement. De toute façon, les contrôleurs n’y disposent pas de l’accès complet qu’ils devraient avoir », confesse au « Canard » un haut fonctionnaire fin connaisseur du système.

Matignon et l’Intérieur se sont payé le luxe d’adresser au passage un joli bras d’honneur à la Cnil.

L’exécutif a délicatement attendu que la Commission ait rendu son avis sur les décrets pour ajouter, au dernier moment, les nouvelles dispositions sur le fichage des opinions politiques, religieuses ou syndicales qui risquaient de la faire tousser. Ce tour de passe-passe n’a pas empêché Darmanin de proclamer, ces jours-ci, que la Cnil avait rendu un « avis favorable » à son projet.

Pourquoi se gêner ?


Article signé des initiales H. L. Le Canard enchaîné. 19/12/2020