A celles ou ceux qui ne veulent pas entendre les bassesses de ce monde vérolé, à celles et ceux qui acceptent de se faire berner, a celles et ceux qui comme les trois singes ne veulent rien voir, rien entendre, ne rien dire… ce n’est pas en vous réfugiant dans votre coin drapé de votre individualisme que vous empêcherez la réalité d’exister ni que certains profitent de votre inertie pour dominer. Oui, il faut toujours chercher déterminer a qui profite le crime, et ne pas hésiter a le dénoncer et si vous estimez qu’il est impossible de changer cet état de fait, alors apprêtez-vous a recevoir d’autres fessées. MC

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La commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale sur « l’impact, la gestion et les conséquences » de l’épidémie de coronavirus a rendu, mercredi 2 décembre [2020], son rapport. Il clôture six mois de travaux, 56 auditions, sur une crise sanitaire qui a fait 53 000 morts à ce jour.

Leurs conclusions restent prudentes, sans mises en cause.  […] Mais ce rapport parlementaire est utile, parce qu’il fait récit, par le menu, de la gestion chaotique de la crise sanitaire en France, de la première à la deuxième vague de coronavirus.

Le simple constat tient lieu de réquisitoire.

Les députés entament leur récit par l’oubli collectif de la préparation au risque pandémique, pourtant bien identifié au début des années 2000, mais perdu de vue au cours de la décennie suivante. Les ministres successifs ont pensé « qu’il y avait moins de risques pour un politique à en faire moins qu’à en faire trop », rapportent les députés.

La gestion des stocks stratégiques de masques occupe un tiers du rapport. Les députés ont retracé les décisions administratives qui ont fait fondre le stock, du milliard de masques de Roselyne Bachelot à moins de 100 millions début 2020. Ils situent le moment clé en 2013, quand l’État s’est déchargé sur les établissements de santé de la responsabilité du stock des masques FFP2, ceux réservés aux soignants. Pour les députés, cette décision tient d’une lecture « erronée » d’une doctrine du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. Une analyse qui dilue aisément les responsabilités.

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Ce sont bien les considérations budgétaires qui ont guidé l’ensemble de ces choix : en ne renouvelant pas les stocks, « des économies considérables sur les coûts d’achat, de stockage et de destruction » ont été réalisées, comme le reconnaissent les députés.

Ceux-ci se dédouanent, au passage, de leurs responsabilités, oubliant de préciser qu’ils ont voté une à une les lois de financement de la Sécurité sociale, et leurs plans d’économies drastiques pour les hôpitaux, comme pour l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), qui était chargé de constituer les stocks stratégiques, avant d’être fondu dans Santé publique France. Entre 2007 et 2015, les subventions de l’Eprus ont fondu, comme le détaille un rapport du Sénat en 2015.

Les députés mettent également vivement en cause l’agence Santé publique France, un « outil qui s’est révélé inadapté et sous-dimensionné, en compétences et en effectifs, et trop peu préparé à faire face », passant encore sous silence les restrictions budgétaires et les restrictions de postes subies par l’agence ces dernières années.

Cruellement, les députés rappellent le mensonge éhonté, ou l’aveuglement complet du directeur général de la santé Jérôme Salomon, qui affirmait le 26 février, devant la commission des affaires sociales du Sénat, que « Santé publique France détient des stocks stratégiques importants de masques chirurgicaux. Nous n’avons pas d’inquiétude sur ce plan. Il n’y a donc pas de pénurie à redouter, ce n’est pas un sujet ».

La première commande massive, de 200 millions de masques, n’est passée que le 9 mars. Au 28 mai 2020, ce sont 3,42 milliards de masques que l’État français a été contraint d’acheter, à un coût prohibitif. Un masque chirurgical coûtait 3 centimes avant la crise, Santé publique France a du débourser jusqu’à 90 centimes l’unité. L’achat de ces masques atteint la somme phénoménale de 2,55 milliards d’euros, soit le coût de la construction de plusieurs hôpitaux. Seuls 30 % des masques ont été achetés à des fabricants français.

Quant à la distribution de masques, elle a été « chaotique », en raison de la « surchauffe » de Santé publique France, qui manquait d’entrepôts pour les stocker, de « compétence logistique », d’un système d’information à la hauteur, etc.

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L’organisation du dépistage a été tout aussi laborieuse.  […] La principale explication avancée par les députés est la dépendance totale de la France vis-à-vis de l’étranger. La France n’a pratiquement aucune capacité de production, à chaque étape du test,  […] Le résultat est désastreux, en comparaison de l’Allemagne : le 4 mai, l’Allemagne avait réalisé plus de 3 millions de tests, la France moins de 600 000.

Au-delà des masques et du dépistage, les députés accumulent les preuves de l’incapacité initiale du gouvernement à prendre la mesure de la crise, jusqu’à la décision du premier confinement […] [le] 17 mars [2020] , la gestion de la crise est restée entre les mains du seul ministère de la santé alors que « le caractère interministériel de la crise était pourtant manifeste ».  […]

Devant l’ampleur de la crise logistique, les ministères de l’intérieur et de la défense auraient dû se mobiliser, selon les députés. Dans les territoires, les agences régionales de santé se sont retrouvées seules, alors qu’elles ne sont pas dimensionnées pour faire face à une telle crise. […]

À la fin du rapport, les députés listent leurs propositions, la plupart très convenues : la création d’un poste de ministre délégué à la préparation des crises, une meilleure coopération ente la médecine et l’hôpital, ou encore la restauration de l’indépendance de la France pour faire face à une nouvelle crise sanitaire.

Une proposition dénote cependant, et trahit le dangereux glissement à l’œuvre en France tout au long de cette crise, du sanitaire au sécuritaire.

Au lieu d’appeler à un renforcement des agences régionales de santé, elles aussi victimes de plans d’économies votées par les parlementaires, les députés préconisent la création d’agences départementales de santé, qu’ils souhaitent voir placées sous l’autorité des préfets.

Des agences chargées de l’organisation du système de santé, des médecins de ville ou des hôpitaux, placées sous la responsabilité du ministère de l’intérieur : c’est la proposition dystopique des députés français.


Caroline Coq-Chodorge – Médiapart. Titre original : « Covid: un premier rapport d’enquête parlementaire factuel et cruel ». Source (Extrait)