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Fléau actuel, conséquence de la pandémie : La santé mentale des Français se dégradent y compris chez les plus jeunes d’entre nous . MC

[Ainsi selon Olivier Véran le ministre de la santé déclarait le 19 novembre 2020], “La santé mentale des Français s’est significativement dégradée”, déclarait Olivier Véran, le ministre de la Santé, le 19 novembre.

Deux jours plus tôt, c’est le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, qui tirait la même sonnette d’alarme, conseillant à celles et ceux qui vivent mal la crise sanitaire de limiter les consommations d’alcool et de tabac.

Mais qu’en est-il des plus jeunes ?

Les enfants et les adolescents souffrent-ils eux aussi du confinement, des incertitudes généralisées et du port du masque ? À ce jour, […] les observations qui émanent des professionnels sont préoccupantes.  […]

Le directeur général de la Santé, puis le ministre lui-même, ont alerté sur l’état de la santé mentale des Français. Vous professeur Richard Delorme, qui dirigez l’un des plus gros services de pédopsychiatrie en France , au sein de l’Hôpital Robert-Debré de Paris. Avez-vous constaté sa dégradation ?

Sur ces derniers mois, les publications scientifiques internationales rapportent une augmentation des consultations aux urgences pour des maladies mentales. Elle s’est accrue d’environ 20 % pour les moins de 14 ans, et de 30 % pour les autres. Pour l’instant, il reste difficile de savoir précisément de quoi il retourne.  […]

Sur quoi vous fondez-vous ?

 […] Nous avons été estomaqués par la fréquentation : en trois ou quatre mois, nous avions atteint 600.000 visites, alors qu’on ne pensait s’adresser qu’à nos patients habituels ! Certaines journées, les compteurs culminaient à 30.000 visiteurs. Devant une telle audience, nous avons compris qu’il se passait quelque chose. Un mal-être nouveau. Et que les gens cherchaient des solutions.

En parallèle, nous avons commencé à recevoir des chiffres venus de Chine, d’Inde, puis d’Angleterre, via un réseau international de psychiatres et de psychologues qui observent la santé mentale depuis le premier confinement. Des chiffres alarmants. En Chine par exemple, une étude montrait que les symptômes de dépression et d’anxiété concernaient 43,7 % des moins de 18 ans. Une autre rapportait des signes d’irritabilité chez les enfants (32 %), d’inquiétude (28 %), de troubles du sommeil (22 %), de manque d’appétit (18 %), de fatigue (17 %), de cauchemars (14 %), etc.

Et en France ?

 […] à Robert-Debré, j’ai constaté une augmentation des passages aux urgences, pour les choses graves. Une majoration des problèmes alimentaires, des idées suicidaires, et même des tentatives de suicide chez les petits.

Les petits !?

Oui, les moins de 15 ans. Les collégiens. Cela reste rare, bien sûr, mais c’est très grave. De façon générale, on estime que le taux de suicide, dans cette population très jeune, s’établit à 1 pour 100.000. Et les tentatives, à un peu moins de 1 %. On parle beaucoup du mal-être adolescent, sans jamais envisager que les enfants aussi peuvent commettre des actes suicidaires. Et pourtant…  […]

On pourrait pourtant penser que les adolescents qui ont besoin, pour se construire, de s’éloigner de leurs parents, et de passer du temps avec leurs amis, vivent moins bien le confinement que les petits…

Ça, c’est une vision d’adulte, qui croit à tort que l’enfant bénéficie d’un certain niveau d’insouciance. En réalité, c’est l’expression de la souffrance qui diffère selon les générations. Pas la souffrance elle-même. Depuis la rentrée de septembre, les enseignants avec lesquels nous sommes en contact décrivent très bien la situation : leurs élèves sont plus irritables, plus difficiles à cadrer. Chaque parent est potentiellement concerné : d’après les rares chiffres dont nous disposons, 40 % d’entre eux rapportent des situations de stress chez leurs enfants. Évidemment, ceux-ci ne se lèvent pas le matin en disant « je suis anxieux, je suis déprimé »… Ces termes-là, on les apprend avec l’âge. Mais ils sont plus agités, plus tendus, ils ont du mal à se concentrer en classe. Parfois, ils ont peur de dormir seuls et se remettent à faire pipi au lit. Quand ils atteignent l’adolescence, d’autres symptômes apparaissent.

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Si la crise frappe toutes les générations, frappe-t-elle pareillement toutes les catégories sociales ?

Comme à chaque crise, les populations socialement défavorisées sont les plus touchées. Les études montrent qu’une hausse du chômage de 5 % entraîne une augmentation de 30 % à 50 % de maladies psychiatriques chez l’enfant…Et on estime que20 % à 30 % des enfants, pendant cette crise, ont été hyperanxieux à l’idée que leurs parents puissent être au chômage. Les petits sont très proches de leurs parents. Ils sont en prise directe avec leur souffrance. De nombreuses familles sont en tension, endeuillées, ou en difficultés économiques. Obligatoirement, cela rejaillit sur les enfants.

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Pensez-vous que la crise actuelle risque de déstabiliser des générations entières ?
Aucune idée. Mais entre la crise climatique, la décapitation d’un prof d’histoire-géo, le port obligatoire du masque et le confinement sanitaire, l’époque ne leur transmet pas un esprit d’insouciance, c’est le moins que l’on puisse dire. Les générations montantes sont soumises à une pression particulièrement forte.

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Quand un parent constate que son enfant est en souffrance, quels sont ses recours ?

Au premier chef, mieux vaut aller voir ses ressources de proximité : son médecin généraliste, qui connaît le réseau et saura orienter vers le professionnel le plus proche et le plus adapté. Ou les personnels de l’école, les médecins scolaires, les psychologues scolaires. Voire les assistants sociaux, parce que cette crise revêt aussi un enjeu social majeur. Pendant le premier confinement, la fermeture des cantines, par exemple, a complètement déstabilisé la vie économique de certaines familles. Elles devaient assurer un repas en plus chaque jour, qui était souvent très déséquilibré. Preuve de plus que cette crise est inédite. Et que nous n’avons pas fini d’en mesurer les répercussion


Valérie Lehoux. Télérama. Titre original : « Richard Delorme, pédopsychiatre : “Toutes les générations souffrent de la crise sanitaire, chacune à sa façon” ». Source (Extrait)