Étiquettes

La loi « Écocide » portée par Pompili et Dupont-Moretti est ni plus ni moins, qu’un thermo cautère sur une jambe de bois, destiné à cacher l’impéritie de Macron (en particulier) et des gouvernements successifs. MC

Plus on fanfaronne, moins on en fait.

La règle est imparable. Les fanfaronnades n’ont pour but, en effet, que de tenter de dissimuler l’inaction. Ainsi le « délit d’écocide » (1) que Dupond-Moretti et Pompili viennent de sortir de leur chapeau, et qui devrait figurer dans le projet de loi Climat attendu début janvier, projet dont on nous a seriné qu’il ferait passer « sans filtre » les propositions des citoyens de la Convention pour le climat.

Peu importe que, sur l’impact sanitaire de la 5G, la publicité écoresponsable, la taxation des SUV, etc., les citoyens aient déjà dû beaucoup en rabattre. Le « délit d’écocide » (au lieu du « crime d’écocide » qu’ils réclamaient) punira, promis-juré, les atteintes graves à l’environnement et méritera jusqu’à 10 ans de prison.

Les chauds partisans de l’écologie punitive sont censés jubiler…

Barbara Pompili triomphe : « Les avancées que nous faisons sont majeures et sont attendues depuis vingt ans ! » (le « JDD », 22/11). Pas plus écolo que ce gouvernement depuis que Hulot en a claqué la porte…

Plus s’enfle la baudruche, plus vite elle se dégonfle. Cette autre règle est imparable, elle aussi. En janvier 2019, la ville de Grande-Synthe, près de Dunkerque, commune édifiée sur un polder et menacée de submersion, attaque l’Etat pour « carence fautive ». Elle estime avoir, de son côté, pris des mesures contre le réchauffement (transports, énergies renouvelables, etc.). Mais elle dénonce l’« inaction climatique » de l’Etat.

Lors de l’accord de Paris (dont Macron va joyeusement fêter les 5 ans ce 12 décembre), celui-ci s’était engagé officiellement à lutter dur contre le réchauffement climatique. D’ici à dix ans, et je vous regarde droit dans les yeux, les émissions françaises de CO2 auront baissé de 40 % par rapport à celles d’il y a trente ans.

  • Appelé à s’expliquer devant le Conseil d’Etat, le gouvernement a réagi sec: jetez-moi ce recours à la poubelle !

Pas question, ont dit les juges. Jeudi dernier, ils lui ont donné trois mois pour montrer comment il allait être concrètement possible d’atteindre les objectifs affichés. Une première !

Pour commencer, ils ont constaté qu’au cours des dernières années la France avait « régulièrement dépassé les plafonds d’émission qu’elle s’était fixés ». Puis ils ont pointé cette reculade : par un décret pris le 21 avril dernier, le gouvernement a carrément revu à la baisse ses objectifs de réduction pour la période 2019-2023.

On fera des efforts, mais après 2023 !

  • Trop facile, disent les juges, montrez-nous concrètement comment vous allez tenir vos engagements.

Pauvre saint-glinglin ! Heureusement qu’avec le « délit d’écocide » elle va retrouver du poil de la bête…


Jean-Luc Porquet. Le Canard Enchaîné. 25/11/2020


(1) Écocide : destruction ou endommagement irrémédiable d’un écosystème.