Martin Hirsch, patron AP-HP

L’homme qui 2014 cogite déjà la « privatisation » des hôpitaux publiques (au moins une partie  !), remet le couvert en 2020.

«  Martin Hirsch a accéléré les regroupements des hôpitaux en Départements Médicaux Universitaires (DMU), il a diminué la capacité de la pharmacie centrale alors qu’il aurait fallu la développer. Il a démantelé l’Hôtel-Dieu, fermé ses urgences, qui ont été transformées en un centre de dépistage, (pour l’instant dédié au Covid) ». Son bilan est ainsi émaillé de coups de rabot sur les capacités d’accueil, de tailles dans les effectifs (1.700 équivalents temps plein perdus entre 2016 et 2018) qui ont provoqué une riposte au long cours des agents.

En 2016, la réforme des Organisations du Temps de Travail (OTT) a marqué un tournant. En passant les personnels de 7 h 50 à 7 h 36 par jour, l’objectif était de réaliser des économies en rognant sur les congés de certains et en accentuant la productivité.

S’est ensuivie l’instauration de la « grande équipe » qui fait alterner le travail de jour et d’après-midi, laissant beaucoup moins de visibilité sur les plannings. Cette dégradation des conditions de travail, couplée à des salaires paramédicaux parmi les plus bas de l’OCDE, a achevé de dissuader de futurs arrivants.

Depuis presque deux ans, les heures supplémentaires ont également été déplafonnées. «  Il n’y a aucun contrôle sur ce temps de travail effectif, qui est souvent dépassé, non récupéré et non rémunéré. Les heures supplémentaires doivent servir en cas de crise sanitaire, là, c’est un moyen de pallier au sous-effectif ! », alors que les services de réanimation accueillirent un nombre inédit de personnes, le discours austéritaire de la direction est toujours dans les cartons alors que la 2eme vague a largement fait place aux appels au secours, aux palliatifs d’un bataillon intérimaires.

En pleine crise du Covid, une idée de malade a jailli des crânes d’œuf de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Voilà que la plus grosse structure hospitalière de France projette de développer un circuit privé pour de riches « clients » américains et chinois, qui auraient droit à une prise en charge dix fois plus rapide que les patients moins friqués…

Un PowerPoint, signé du directeur délégué à l’« attractivité internationale » de l’AP-HP, détaille ce beau projet. Il s’agit de nouer un partenariat avec une boîte US, More Health, qui propose « un deuxième avis » médical, « notamment en cancérologie », à« des clients américains et chinois ». Ce diagnostic serait rendu à distance par les toubibs franciliens. L’occasion rêvée, vante le document, diffusé en interne le 11 novembre, de promouvoir la « marque APHP » (sic)…

Telle une start-up refourguant ses produits, l’hôpital public parisien est prêt à dérouler le tapis rouge à ces clients VIP. Les toubibs volontaires devraient rendre leur avis « dans un délai de cinq jours ouvrés », là où les patients au tarif Sécu, eux, attendent souvent six mois pour obtenir un rendez-vous !

Chaque consultation distanciée serait payée entre 1.000 et 1.500 dollars. Et ce n’est qu’un début, se réjouissent nos spécialistes : « Cette prestation de deuxième avis pourrait déboucher sur une proposition d’hospitalisation à l’AP-HP et, donc, le développement d’une filière de patients étrangers. »

Une vieille lune du grand patron, Martin Hirsch. En 2014, six mois après son arrivée, « Le Canard » racontait déjà comment Ambroise-Paré, l’un des hostos du groupe, avait privatisé une aile entière du service orthopédie pour opérer un riche émir qui avait mis le prix.

« Sous prétexte de chercher de nouvelles recettes, on fout en l’air l’hôpital public !» fulmine la docteure Anne Gervais, du Collectif Inter-Hôpitaux.

Devant le tollé des toubibs, Hirsch a ouvert le parapluie. Dans un mail (14/11) aux râleurs, il a assuré que « ce sujet n’a [vait] fait l’objet d’aucune décision ». Sans pour autant l’enterrer… Pour le moment, le projet est reporté.