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« Nous voyons des jeunes arriver avec leurs tenues de vendeur d’Uber Eats. C’est-à-dire qu’eux-mêmes apportent à manger, mais n’ont pas à manger pour eux. »

Ainsi parlait le président des Restos du Cœur au micro d’une radio de service public. Ces mots glaçants résument une époque où la pauvreté s’enracine jusqu’à l’absurde dans le travail exploité.

Il y a fort à craindre que les retards et impérities du gouvernement pour juguler la pandémie creusent plus encore le fossé de la pauvreté. Le nombre de sans-abris a déjà été multiplié par trois en quelques mois pour atteindre les 300.000 personnes, soit l’équivalent de la 6ème ville du pays ! Et la France devrait bientôt compter un million de citoyens de plus sous le seuil de pauvreté pour franchir les 10 millions.

La crise économique consécutive au confinement n’est pas une crise comme les autres. Elle ne frappe quasiment pas le crédit, les banques centrales s’étant accordées pour injecter des sommes de liquidités monstrueuses dans le système bancaire. L’indécente euphorie boursière en témoigne amplement.

Les difficultés frappent avant tout les services qui se révèlent fortement dépendants des interactions humaines. C’est ici que se compte la majorité des nouveaux pauvres. Or le secteur tertiaire est celui qui échappe le plus à l’arsenal statistique et le travail non déclaré y est plus développé qu’ailleurs.

Ce sont donc les associations caritatives qui permettent de mesurer le plus précisément la déferlante de pauvreté, par le nombre de colis alimentaires distribués et l’afflux de nouveaux bénéficiaires.

La hausse spectaculaire des allocataires du RSA aurait également dû alerter. Et les départements déjà exsangues être aidés au lieu de mettre à bas les fameux impôts dits « de production » qui contribuent à leur financement.

Le refus catégorique de soutenir la demande par la hausse des salaires et la sécurisation du travail, au-delà du seul chômage partiel (véritable bombe à retardement), et l’obsession répétée de soutenir la seule offre, c’est-à-dire la trésorerie des entreprises et surtout des plus grandes, ne peut que causer de nouveaux désastres sociaux.

Le refus de rehausser le RSA de manière pérenne et à tous, comme d’étendre son versement aux moins de 25 ans est une aberration qui risque de plonger toute une génération dans la précarité. Cette même jeunesse qui gonfle pour beaucoup les chiffes des états dépressifs relevés par Santé publique France, passés de 11 à 20% de la population, et que l’on retrouve dans les files de l’aide alimentaire.

Il faudrait obtenir dès aujourd’hui que les expulsions locatives, les coupures d’eau, d’électricité ou de gaz soient suspendues bien au-delà de la trêve hivernale, et l’annulation des révisions des loyers du parc HLM qui auront lieu en janvier. Des maires progressistes ont déjà obtenu gain de cause. Qu’attendent les autres pour les suivre ?

Il conviendrait ensuite de ne pas laisser le travail aux mains du seul marché, en garantissant à tout jeune de moins de 25 ans soit une formation soit un emploi, notamment dans la santé, l’éducation ou les transports, secteurs en difficulté mais qui devraient figurer au cœur d’un nouveau processus de transformation sociale et écologique.

Il devient insupportable que les cinq cent plus grosses fortunes disposent d’un patrimoine de 730 milliards d’euros quand 10 millions de personnes s’enracinent dans la pauvreté. Il faut stopper cette escalade. Seul un renversement total des priorités le permettra.


Le blog de Patrick Le Hyaric. Titre original : « Stopper l’escalade de la pauvreté ». Source