… au moins ils savaient parler aux femmes dans ces temps reculés… tout au moins dans une certaine « classe de la noblesse » …

Madrigal

Si c’est aimer, Madame, et de jour, et de nuit
 Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
 Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
 Qu’adorer et servir la beauté qui me nuit :
  
 Si c’est aimer de suivre un bonheur qui me fuit,
 De me perdre moi même et d’être solitaire,
 Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
 Pleurer, crier merci, et m’en voir éconduit :
  
 Si c’est aimer de vivre en vous plus qu’en moi même,
 Cacher d’un front joyeux, une langueur extrême,
 Sentir au fond de l’âme un combat inégal,
 Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite :
  
 Honteux, parlant à vous de confesser mon mal !
 Si cela est aimer : furieux je vous aime :
 Je vous aime et sait bien que mon mal est fatal :
 Le coeur le dit assez, mais la langue est muette. 

Pierre de Ronsard, (Sonnets pour Hélène), 1578