Éoliennes : Un sujet polémique.

Deux experiences : À Rians (Provence), à Chemillé-en-Anjou.

Rians, nord du Var, 4 232 habitants en 2017. Perché sur un promontoire dominé par une étrange église néobyzantine fin XIXe, ce village de la Provence Verte aurait tout pour plaire s’il n’avait la malchance d’être hors des circuits touristiques.

Les vacanciers lui préfèrent, juste au-dessus, le parc naturel régional du Verdon ; plus bas, le massif de la Sainte-Beaume ; à l’ouest, visible au loin, la Sainte-Victoire. « Nous, au milieu, on n’a rien. On n’est rien. C’est le Far West, la diagonale du vide », s’emporte Marc-Antoine Chavanis, un Savoyard venu ici pour la beauté des collines, aujourd’hui dépité d’avoir dû fermer son restaurant « par la faute des éoliennes » !

Pardon ? Si ses affaires ne marchent pas et que le village, pourtant pittoresque, vivote, c’est parce que ce secteur est abandonné de tous, et notamment des élus… « Ils ne se souviennent de nous que pour nous refiler ce qui déparerait leurs jolis paradis. En l’occurrence, vingt-deux éoliennes qui ont poussé en quelques mois, pendant le confinement, sur la crête, derrière le village. » De quoi gâcher le paysage et faire fuir les derniers touristes.

Quinze mille éoliennes d’ici 2028

De Rians, on ne les voit pas. Il faut monter au-delà de la RD9 pour aborder le parc éolien. […] Pour amener ici ces mastodontes — « venus de Chine ! » —, il a fallu tracer de larges pistes à travers les bois de chênes blancs. De véritables blessures que personne ne semble avoir envie de réparer. Pour tenir debout, chaque machine est ancrée sur une plateforme de 1 500 tonnes de béton coulée sur place. « Combien de camions ? Pour quel bilan carbone ? Non seulement elles sont moches, mais, avec un rendement de 25 %, elles produisent très peu — et pas du tout quand il n’y a pas de vent. Pour remplacer ne serait-ce que la centrale thermique de Gardanne, il en faudrait cinq cent quatre-vingts… Chaque fois que je sors de chez moi, j’ai peur d’en voir de nouvelles surgir à l’horizon. »

Crainte recevable : le plan pluriannuel de l’énergie (PPE) adopté en 2019 prévoit quinze mille éoliennes d’ici à 2028, pour huit mille cinq cents actuellement en service, afin que la part d’électricité d’origine renouvelable passe de 8 % à 20 %.

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À Chemillé-en-Anjou, Maine-et-Loire, 21.392 habitants, on est fier de montrer ses aérogénérateurs — leur nom scientifique — au visiteur étranger. Contrairement aux machines de Rians, plantées par une holding suisse que personne ne connaît à l’issue d’une enquête publique qui n’a manifestement pas bénéficié de la publicité requise auprès des habitants, ici les parcs éoliens ont été voulus, discutés et financés par des collectifs de citoyens et d’élus locaux, bien décidés à atteindre l’autonomie énergétique dans leur territoire.

Une autonomie virtuelle, puisque les éoliennes sont reliées au réseau national EDF. Mais symboliquement pertinente, d’autant plus qu’une partie de la production est ensuite commercialisée localement par Enercoop — qui ne distribue que des énergies renouvelables —, sous la marque Électricité des Mauges.

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Et les oiseaux, que pensent-ils de ce que d’aucuns présentent comme des hachoirs géants ? « La technologie n’est pas vraiment en cause, mais l’implantation des éoliennes peut poser problème, reconnaît Geoffroy Marx, de la Ligue pour la protection des oiseaux. Au départ, des erreurs ont été commises. Aujourd’hui, une meilleure connaissance des couloirs de migration et le suivi régulier des installations par des naturalistes indépendants ou les agents de l’Office national de la biodiversité permettent de limiter considérablement les dégâts. » Des parcs sont ainsi mis automatiquement à l’arrêt à certaines périodes critiques, ou à certaines heures, notamment pour protéger les chauves-souris — très sensibles à la dépression générée entre les pales et les mâts. « Une éolienne tue effectivement cinq à dix oiseaux par an. Un kilomètre de haute tension ou d’autoroute en tue dix à cent par an… » nuance l’ornithologue.

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Luc Le Chatelier. Télérama. Titre original : « Éoliennes, de la polémique dans l’air ». Source (Extrait) https://www.telerama.fr/idees/eoliennes-de-la-polemique-dans-lair-6749590.php

3 réflexions sur “Éoliennes : Un sujet polémique.

  1. marie 25/11/2020 / 14:39

    Bonjour, je ne suis pas dans l’air du temps, je déteste les éoliennes, pour plusieurs raisons mais la principale est que cela défigure le paysage, à mon avis, ce qui d’ailleurs n’est pas l’avis de mon mari, il me dit: il y a bien les lignes à haute tension qui sont au-dessus de nos vignes, et tu es bien contente d’avoir l’électricité! certes, mais je n’en démords pas , les éoliennes j’aime pas , mais pas du tout! Bon après-midi Amicalement MTH

    • Libres jugements 25/11/2020 / 16:12

      Franchement, Marie, les éoliennes j’aime pas; c’est vrai qu’elles dénaturent le paysage.
      Il y a plusieurs années maintenant lors d’une réunion j’ai été apostrophé par un participant qui m’a affirmé que les moulins à vent n’étaient pas non plus esthétique dans le paysage … à partir de là …
      C’est vrai aussi que ce n’est pas plus laid que les pylônes électriques de haute tension, que les châteaux d’eau de certains villages, ou que la construction d’un édifice en béton dans un lieu classé monument historique, etc.
      Par contre là où je tique, concerne la réelle production d’énergie produite fort minime. Si il fallait compenser les centrales atomiques, bien que l’on ait planté des milliers d’éoliennes sur tout le territoire français (compris dans les eaux territoriales), nous aurions encore besoin d’une compensation via des centrales thermiques … ultra polluantes. C’est entre autres, le lot de l’énergie en Allemagne.
      En souhaitant une bonne soirée
      Cordialement
      Michel

  2. jjbey 25/11/2020 / 23:24

    Bilan carbone de l’éolienne: commence à être positif à 63% de sa vie. C’est toujours ça mais le stockage de l’énergie électrique pose problème et en période de déventement restituer l’énergie que l’on na pas sut préserver est impossible. L’hydrolienne et plus constante en matière de production, moins visible dans le paysage et le bilan carbone est assez correcte. Pour l’instant le nucléaire a encore de beaux jours devant lui même quand on utilisera l’hydrogène qui demande beaucoup d’énergie électrique.

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