Prétextes, prétextes et encore pré …

Après avoir encaissé pendant des années divers avantages fiscaux d’État, de collectivités, (la France n’étant pas avare de ce coté là) afin de créer ou conserver des emplois sur le sol français, des entreprises françaises-internationales, délocalisent dans les pays où la paupérisation fait que la main-d’œuvre et les charges sociales sont moindres.

De nombreuses entreprises (dont les derniers en date, Bridgestone, Danone, Air France, etc.) « profitent » de cette situation pandémique et son soi-disant prétexte de pertes de rentrées monétaires pour licencier ce qui va grossir le nombre de demandeurs d’emploi, (au environ d’une tranche de 10% de la population active).

Nous avons désormais la preuve que, la fermeture de l’usine du fabricant de pneus Bridgestone, qui va laisser 863 employés sur le carreau, n’a rien à voir avec un problème industriel mais tout à voir avec la rentabilité financière. C’est la maison-mère japonaise qui a orchestré depuis plusieurs années maintenant l’assèchement de l’activité à Béthune pour augmenter l’exploitation des travailleurs dans d’autres pays d’Europe et donc ses profits.

En procédant ainsi, le site a accumulé une perte voulue de 28 millions d’euros ces trois dernières années.

En effet, dans un document datant de plusieurs années, la direction « Europe » de Bridgestone, basée à Bruxelles, indiquait ceci : « la fermeture de l’usine de Béthune se traduirait par une augmentation de la marge opérationnelle d’environ 58 millions d’€ pour Bridgestone en Europe dès 2024 avec une plus-value d’environ 50 millions dès 2023. Avec la réduction de la surcapacité de production de Bridgestone en Europe, [le groupe] retrouverait une marge opérationnelle de 4,2% soit plus 1,2 point de plus que la marge opérationnelle prévue en 2020. (….) C’est au regard de ces éléments qu’il est envisagé la cessation d’activité totale et définitive de l’activité de la société Bridgeton France SAS » ; la fermeture de l’usine de Béthune n’est donc rien d’autre qu’une délocalisation pour améliorer les performances financières.

Celle-ci est rendue possible par le refus des autorités européennes d’harmoniser vers le haut les salaires et les droits sociaux des ouvriers européens. Au lieu de cela, les capitalistes jouent la division et le chantage contre la classe ouvrière qui non contente d’obtenir des salaires ne correspondant pas à la dureté de leur travail doivent accepter ces fameux « accords de compétitivité » qui ne sont que l’acceptation forcée de l’exploitation à moindre coût de leur force de travail.

Ceci se fait en lien avec le personnel politique au pouvoir et la droite qui gesticulent pour la forme devant les caméras mais enfoncent dans les faits nos ouvriers dans la détresse avec la toute-puissance de la technocratie de Bercy, chargée de faire appliquer ses critères comptables et les dégâts sociaux qui les accompagnent.

S’il y avait une quelconque volonté de la part du pouvoir de défendre nos atouts et les ouvriers français, il pourrait nationaliser même temporairement l’usine le temps de rechercher un repreneur, il pourrait porter une bataille publique sur les aides d’Etat et régionales reçues par l’usine, il pourrait mettre les comptes de Bridgestone Europe dans le débat public pour rechercher un rapport de force, il pourrait utiliser et renforcer en urgence la loi dite « Florange » qui oblige toute entreprise d’au moins 1.000 salariés à rechercher un repreneur ; il pourrait se battre pour des dispositifs de protection aux frontières dès lors que des intérêts populaires sont ainsi menacés.

Nous ne devrions pas laisser faire. Il est temps de porter le débat sur la ré-industrialisation de la France et la possibilité pour chaque citoyen d’être assuré d’une garantie d’emploi, d’activité ou de formation.


Patrick Le Hyaric- Journaliste