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… en fait ce n’était que le profit qui nous intéressait, pas votre santé !

C’est une histoire édifiante qui, plus que toute autre sans doute, condense tous les maux actuels d’une lutte contre la pandémie totalement dictée par les impératifs de profits des multinationales. Cette histoire, c’est celle du remdesivir. […]

[…] … le laboratoire américain Gilead, célèbre pour sa politique de tarification extrêmement élevée sur des traitements contre l’hépatite C ou le VIH, et détenteur des brevets, …

a, le 23 mars 2020, quelques jours avant la déclaration officielle de pandémie, réussi à faire inscrire par l’administration Trump sur la liste des médicaments orphelins – une gamme de produits censés servir dans le cas des maladies rares, où les prix explosent littéralement depuis une dizaine d’années.

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[…] … dans ce contexte que Gilead fixe un prix de marché de 2.640 euros aux États-Unis et de 2.000 euros dans le reste du monde, pour les six doses de remdesivir nécessaires à un traitement, alors qu’une équipe de chercheurs évalue, dans une revue scientifique, le coût de production complet, avec les six doses, à 7,50 euros. 

Rapidement, durant le printemps, la multinationale, qui conteste ce chiffrage, s’engage à accorder des licences pour permettre à d’autres laboratoires dans le monde de fabriquer du remdesivir. Mais, d’après l’ONG états-unienne Public Citizen, près de 3,7 milliards de personnes ne sont pas couvertes par ces accords et doivent donc passer par Gilead pour acheter un traitement qui, à l’époque, malgré des résultats déjà controversés, promet de réduire la durée des séjours dans les hôpitaux.

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Début juillet, les États-Unis se vantent d’avoir chapardé presque tous les stocks de remdesivir : 500.000 doses, sur les 550.000 disponibles. « Le président Trump a fait une affaire incroyable pour que les Américains puissent avoir accès au premier traitement thérapeutique autorisé contre le ­Covid-19 », nargue son ministre de la Santé, Alex Azar.

L’Union européenne s’aventure également dans des négociations secrètes avec Gilead. Elles aboutiront, début octobre, à un contrat entre Gilead et l’Union européenne, portant là aussi sur 500 000 doses pour un montant déclaré par la Commission de 70 millions d’euros – un chiffre en décalage net avec le montant officiel, qui devrait être plutôt 165 millions d’euros.

Gilead  a sciemment caché des résultats controversés

Une bonne affaire, dans ce cas, pour les Européens ?

Rien n’est moins sûr… Alors que, dès la mi-septembre, la Haute Autorité de santé en France publiait une évaluation très mitigée sur l’utilité du remdesivir dans le traitement du Covid-19, les Européens achètent, en fait, pile au moment où les résultats des essais cliniques Solidarity, coordonnés dans ce cas, à la différence de ceux sur les vaccins, au sein de l’OMS, commencent à tomber, et ils sont loin d’être flatteurs pour Gilead. D’après une enquête parue dans Science, fin octobre, la multinationale californienne les a d’ailleurs sciemment cachés à ses acheteurs.


Thomas Lemahieu. Le quotidien « L’Humanité ». Titre original : « Remdesivir, l’histoire exemplaire d’un fiasco spéculatif ». Source (Extrait)