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Si il y a une conclusion morale « aux affaires libyennes » ce pourrait être celle là : « Toutes personnes achetables est à exclure de ses relations ». pour autant ne nous y trompons pas, ce triste sire n’est rien d’autre qu’une girouette-marionnette monnayable dans le grand cirque de « la société ». Ce genre de personnage affirmant tout et son contraire suivant son intérêt propre et celui qu’elle(s) – qu’il(s) couvre(nt). MC

Depuis dix ans, Takieddine multiplie les révélations au gré de ses intérêts

Le revirement, le11 novembre 2020, de Ziad Takieddine, innocentant Sarkozy dans l’affaire libyenne après l’avoir longtemps accablé, est le dernier épisode d’un long feuilleton. Et d’une étourdissante série de mensonges proférés par l’homme d’affaires.

Mais, attention, des mensonges intéressés ! Mêlé, depuis 1995, aux principaux scandales politico-financiers du pays (sous-marins de Karachi, frégates saoudiennes, financement libyen de Sarkozy) « Monsieur Zig-Zag » balance des accusations lorsque ses intérêts sont menacés. Voici quelques exemples récents de ces échanges entre un témoin d’opérette qui cherche à s’en sortir et des juges pas mécontents de nourrir leurs dossiers contre Nicolas Sarkozy…

  • 19 décembre 2012. Le site Mediapart a publié, huit mois plus tôt, un document, qu’il attribue aux dirigeants libyens, selon lequel Nicolas Sarkozy aurait reçu 50 millions d’euros de Kadhafi pour financer sa campagne de 2007.

Ce jour-là, Takieddine demande à voir le juge Renaud Van Ruymbeke pour lui expliquer qu’« [il] « vi[t] très mal [le] contrôle judiciaire auquel [il est] soumis depuis septembre 2011 ».

Gage de sa bonne volonté, il formule une proposition explosive : lui « fournir les éléments existants sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy au-delà de 50 millions d’euros ». Cette simple phrase, qui impressionne fortement le parquet, marque le début de l’affaire libyenne dans laquelle Sarko est toujours empêtré.

  • 20 juin 2013. Takieddine, en détention préventive à la prison de la Santé pour corruption et escroquerie, supporte très mal la touffeur de l’été carcéral.

Entendu par le juge Van Ruymbeke, il lui livre une nouvelle confidence étonnante. Alors que, lors de ses 19 auditions précédentes, il avait juré n’avoir ni de près ni de loin financé la campagne de Balladur en 1995, le voilà qui « avoue » tout àtrac avoir versé 6,2 millions de francs (1,3 million d’euros 2020) pour la campagne de Ballamou.

Le croit-on sur parole ? En tout cas, heureuse coïncidence, il recouvre sa liberté le 2 septembre 2013.

Témoin sous condition

  • Novembre 2016. Devant le tribunal pénal international, Abdallah Senoussi, chef de la sécurité de Kadhafi, avait déclaré avoir confié à Takieddine 5 millions d’euros destinés à la campagne de Sarkozy en 2007. Risquant de devoir expliquer à la justice ce qu’il a fait de cet argent, le businessman se réveille brusquement.

Le 15 novembre, il accorde une interview à Mediapart : « J’ai remis trois valises d’argent libyen à Guéant et Sarkozy. » Bonne pioche, alors que, selon les enquêteurs de la Direction nationale des enquêtes fiscales et financières, il n’avait, jusque-là, fourni « aucun élément (…) permettant d’étayer la thèse du financement » électoral de Sarkozy…

La bonne volonté de Takieddine a toutefois ses limites.

Dans une lettre adressée le 31 mars 2019 au juge Serge Tournaire, il se fait fort (rien que ça !) de « mettre en cause tous les protagonistes [de l’affaire libyenne], avec preuves à l’appui ». A la « condition », toutefois, que soient levées les « saisies sur [s]es biens », faute de quoi il cessera « toute collaboration avec la justice ».

Un désastre !

En fuite à Beyrouth après sa condamnation à 5 ans de prison dans l’affaire Karachi, il vient donc de livrer les fameuses « révélations » dédouanant Sarko.

Et en échange de quoi, cette fois-ci ?


Hervé Martin . Le Canard enchaîné. 18/11/2020