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… ne reflète pas la société française multiculturelle. En dépit de promesses réitérées depuis quinze ans, rien n’a changé. Pire, les choses pourraient même avoir régressé…

Alors que les dirigeants du petit monde de la télé ont tous le mot «diversité» à la bouche, où en est-on réellement ?

Un seul secteur, celui des écrans publicitaires, semble avoir obtenu des résultats notables avec, comme le note l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité, de « forts taux de mixité “ethnique” » et « l’absence de stéréotypes, discrimination ou dévalorisation » dans les pubs.

Preuve (marketing) que les annonceurs ont compris l’enjeu d’une représentation fidèle lorsqu’il s’agit de vendre voitures et biscuits à une France plurielle. Preuve (tout court) que l’incarnation de cette pluralité peut devenir porteuse et positive .

Pour le reste, le bilan est sans appel. Malgré la multiplication des canaux et l’influence des plateformes américaines comme Netflix, le petit écran français reste désespérément monochrome.

En septembre dernier, le CSA publiait son baromètre annuel de la diversité : sur les chaînes de la TNT gratuites et Canal+, seules 15 % des personnes sont perçues comme « noires », « arabes », « asiatiques » ou « autres ».

De mauvais résultats qui s’appliquent à tous les genres de programmes (info, magazines et documentaires, sport, divertissement, fiction) et rejoignent les chiffres sur la place accordée aux femmes, aux personnes en situation de handicap, aux classes populaires, aux minorités sexuelles…

Même si l’on observe un léger mieux avec davantage de héros et de personnages positifs dans les fictions, « c’est un constat d’échec, déplore Amirouche Laïdi, président du Club Averroes, qui agit depuis 1997 pour la promotion de la diversité dans les médias. On n’est pas éloigné des résultats d’il y a quinze ans, voire on a reculé ».

De parents cambodgiens, Raphäl Yem confirme. Passé par plusieurs radios et chaînes de télé, l’animateur présente cette saison Ensemble c’est mieux !, un rendez-vous d’entraide et de solidarité sur France 3 Paris - Île-de-France. Mais même avec son impressionnant CV, son exposition reste limitée. […] Rare figure noire à intervenir régulièrement sur les plateaux télé, la journaliste Rokhaya Diallo estime de son côté qu’« il y a une amélioration globale, mais qu’elle reste très superficielle ».

Les annonces officielles se multiplient, la question de la diversité est récurrente dans les débats de société, des manifestations antiracistes mobilisent, comme cet été en France, et font écho au mouvement américain Black Lives Matter.

Et pourtant « rien ne change, résume l’animatrice et productrice Enora Malagré, quinze ans de métier. La télé reste sexiste, blanche, hétéronormée et patriarcale. Il n’y a quasiment que des Blancs dans tous les talk-shows ! »

Harry Roselmack s’étonne : « Les résultats d’audience et les retours au sein de la profession ont permis de démontrer qu’il n’y a pas de moins-value ni d’“accident industriel” quand on met un visage noir, métis, maghrébin ou asiatique à une heure de grande écoute. »

Alors, quoi ? Reste une barrière très française : le manque de renouvellement à l’écran. Et des directions « rétives, sans curiosité ni intérêt » pour ces sujets, qui « se contentent du strict minimum », ajoute un professionnel qui tient à garder l’anonymat. « Les décideurs ont très peu de diversité dans leur premier cercle et ne veulent jamais nommer un inconnu à un poste stratégique. Ils ont une femme de ménage philippine, une nounou marocaine, mais aucun collègue noir ou arabe… »


Emmanuelle Skyvington. Télérama. Titre original : « l’incassable plateau de verre ». Source (Extrait)


(*) PAF – Paysage Audiovisuel Français