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La pandémie de Covid-19 a conduit pour la première fois dans l’histoire contemporaine à confiner une grande partie de la population mondiale pour limiter autant que faire se peut la propagation du virus.

Face au manque d’anticipation et l’impréparation de la plupart des États, ces derniers n’avaient pas d’autres choix pour faire face à une épidémie de ce type. Ils devaient aussi composer avec la multiplication des mouvements sociaux en grande partie liés à l’amplification des inégalités, au déclassement d’une partie de la population et aux injustices sociales qui en découlent partout dans le monde.

Paradoxalement pourtant, il se pourrait bien que tant la pandémie et sa gestion que les conséquences économiques du confinement amplifient encore toutes les problématiques qui prévalaient avant la crise (changement climatique, dettes publiques et privées, poids déterminants de la finance mais aussi écarts entre les classes populaires et ceux qui ont pleinement profité de la mondialisation) sans être réellement priorisées par les pouvoirs publics. Et dans un tel contexte, il est fort possible que le monde d’après retrouve assez vite le chemin de la croissance.

En effet, la réponse politique au Covid-19 et le confinement ont entrainé un double choc économique.

Un choc de l’offre dans un premier temps, lorsque la Chine confinée ne pouvait plus assurer ses approvisionnements poussant nombre d’entreprises, partout sur la planète, à réduire voire stopper leurs productions par manque de pièces et composants.

Un choc de la demande ensuite, les consommateurs ne pouvant plus consommer comme avant puisque confinés chez eux. L’ensemble des économies ont été affectées et le sont encore puisque la pandémie est loin d’être sous contrôle.

Début octobre, le FMI constatait que, depuis le mois de juin, la situation économique s’était encore détériorée et que les pays émergents et en développement apparaissaient les plus fragilisés (1). Plus de 90 millions de personnes pourraient retomber dans une situation d’extrême pauvreté (moins de 2 dollars par jour pour vivre).

Le PIB mondial devrait décroitre de 4,4% en 2020, ventilé par une décrue de 6% pour les économies avancées et de 3,3% pour les économies émergentes. La relative performance des économies émergentes est toutefois faussée par la résistance de l’économie chinoise dont la croissance économique avoisinerait les 2% en 2020.

L’Amérique latine verrait un repli du PIB régional dépasser les 8% et l’Inde de plus de 10%. Le continent africain perdrait 3% de son PIB, résistant relativement même si certains pays pourraient connaître des situations plus compliquées, à l’image de l’Afrique du Sud dont le PIB serait en repli de 8%

Pourtant, la reprise de l’économie en Chine, aux États-Unis et même en Europe fut rapide dès l’été et même plus importante qu’initialement prévue. L’économie européenne a par exemple connu un rebond de sa croissance au troisième trimestre atteignant 12,7% et même 18,2% pour la France.

Le PIB européen restant toutefois inférieur de 4,3% à son niveau de 2019 à la même période selon les dernières estimations d’Eurostat.

Pour autant, comme pour la première vague, l’économie repartira certainement au fur et à mesure de l’assouplissement des mesures et s’il y a une troisième vague avant que le vaccin ne soit découvert, la même chose sera observée.

Peut-être même faudra-t-il s’habituer à vivre avec un tel virus et l’économie s’en accommodera dans une sorte de « stop and go » de la croissance économique et de la courbe du chômage.

Il est très probable également que ce confinement et la prise de conscience des importantes dépendances de toutes les économies de la planète aux produits et composants chinois poussent les entreprises, mais aussi les États, à tenter de réduire ces dépendances en relançant certaines productions industrielles.

Cela prendra toutefois des années puisqu’au-delà de la relocalisation des productions, se pose la question des compétences et de la formation, mais aussi celle du coût de telles mesures et de leur impact sur la consommation.

La croissance économique retrouvée aura pourtant un goût amer tant elle ne résoudra pas les déséquilibres qui préexistaient avant la pandémie et qui pourraient être encore plus criants après.

La pandémie touche en effet une fois de plus des populations déjà marginalisées ou affectées négativement par le mouvement de mondialisation depuis 30 ans.

Les politiques tant monétaires que budgétaires reprennent les méthodes éprouvées de relance de la croissance, mais incompatibles en l’état avec la lutte contre le changement climatique ou contre les inégalités, porteuses de risques de défaut pour des États trop endettés ou de bulles spéculatives…

La question est toutefois plus politique qu’économique. En effet, suite à cette crise, les États, tout au moins dans les économies les plus riches, vont disposer de moyens financiers colossaux au travers de la dette publique ou de politiques monétaires accommodantes.

Les emploieront-ils à relancer une économie sur les mêmes bases que par le passé et dans une vision court-termiste dont l’échéance est la prochaine élection ou auront-ils une approche plus structurelle afin de réduire les déséquilibres qui déstabilisent nos mondes et sont en partie responsables de la pandémie et/ou de sa gestion erratique.

Il n’est plus question du comportement du consommateur, mais bien de celui de l’électeur… À moins que les 2 ne se confondent !

De ce point de vue, la récente élection aux États-Unis est intéressante puisqu’elle suggère une opposition de deux mondes et de deux visions de dimension assez comparable même si, in fine, c’est encore l’ancien monde qui semble gagner.


Sylvie Matelly – IRIS – titre original : « conséquences économique de la pandémie de Covid de 19 : au-delà de la crise, des déséquilibres qui se creusent ». Source (lecture libre)


  1. World Economic Outlook, October 2020 –