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C’est un chiffre colossal, révélé le 9 novembre 2020, au détour d’un amendement budgétaire déposé par les ministres Olivier Véran et Olivier Dussopt : le déficit de la Sécu, évalué jusqu’ici à 44 milliards d’euros, a été révisé à 49 milliards. La poisse !

Alors que; pour la première fois depuis vingt ans, l’équilibre était à portée de main, le Covid a mis tous les comptes sociaux sur le flanc.

Avec ce virus, l’effet double lame joue à plein. La première fait exploser les dépenses (+ 7,6 % sur un an), la seconde bloque les recettes : à cause du chômage partiel, des réductions d’effectifs et du ralentissement de l’embauche, les cotisations ne rentrent plus guère.

L’augmentation des décès aurait pu réduire l’addition, mais même pas. A Bercy, on a fait froidement les comptes : 0,2 % de mortalité supplémentaire chez les seniors hommes, 0,1 % chez les femmes. Pas « mieux » que la canicule de 2003… Même si la pandémie se résorbe, les séquelles, l’an prochain, devraient maintenir le trou à une trentaine de milliards d’euros (voire, plus en cas de troisième confinement). Revue de détail…

  • Assurance-maladie : marchands de gouffres

Les experts sonnent le tocsin : en plus du gouffre de cette année, le déficit pourrait, l’an prochain, atteindre 16 milliards. L’inflation des tests (2 millions par semaine à 73 euros pièce), l’achat des masques, les arrêts de travail, les prescriptions de soins dentaires et optiques… tout concourt à corser l’addition. Le poste le, plus gourmand reste l’hôpital : une journée d’hospitalisation en soins intensifs coûte près de 3.000 euros (jusqu’à 4.600 euros en réanimation), à quoi s’ajoute l’augmentation accordée le 1″ septembre aux agents hospitaliers.

  • Retraites : le coup de sabre et le roupillon

Les syndicats (et le patronat) qui gèrent les retraites complémentaires au sein de l’Agirc-Arrco se félicitent encore de la leçon qu’ils ont administrée à l’Élysée. La dernière estimation du Conseil d’orientation des retraites, annoncée il y a trois semaines, prévoit un déficit de 25,4 milliards pour l’ensemble des régimes. Sitôt cette projection connue, l’Agirc-Arrco a bondi sur l’occasion pour bloquer toute revalorisation des complémentaires des salariés du privé cette année. Pas très social, mais bon pour les comptes. Alors que le gouvernement, lui, n’a toujours rien décidé pour les régimes qu’il contrôle…

Or, selon la réforme des retraites imposée sabre au clair par Macron, les complémentaires doivent être intégrées au système universel étatisé. A quelques semaines de rentrer dans le rang, les partenaires sociaux l’ont joué « Gaulois réfractaires »…

  • Assurance-chômage : la dèche ou la dette

Le même scénario se profile pour l’Unédic. Environ 420.000 chômeurs supplémentaires vont être indemnisés par l’àssurance-chômage. Celle-ci va également devoir absorber une grosse partie du coût du chômage partiel, encouragé par l’Etat pour éviter les plans sociaux. D’où un déficit attendu de 20 à 30 milliards, et une dette échappant à tout contrôle. Pressé d’agir, le gouvernement, qui a pourtant pris le contrôle de l’assurance-chômage, se hâte avec lenteur.

L’enjeu est d’arbitrer entre, la dèche (pour les chômeurs, dont les allocations seraient réduites de manière drastique) et la dette. Macron penche plutôt pour la seconde option, mais les syndicats ne veulent pas entendre parler d’un alourdissement de la dette sociale, laquelle (on a tendance à l’oublier) est essentiellement remboursée par les salariés.

  • Mutuelles : gros casse sur les grosses caisses

Les mutualistes et les assureurs ont failli sabler le champagne à la fin du printemps. Il fallait absolument trinquer à la santé des assurés sociaux (ils ont moins consulté leur généraliste pendant le confinement) et des toubibs (ils ont signé moins d’ordonnances). Grâce à eux, les complémentaires ont réalisé 2,2 milliards d’économies pendant la première vague du virus. Une provocation aux yeux du gouvernement, qui a décidé de tondre cette tontine.

Les complémentaires se voient donc taxées par le gouvernement de 1 5 milliard deux fois, cette année e an prochain. Et rien sur les boites qui ontengrangé un pognon de dingue grâce au virus ?


Alain Guédé. Le Canard enchaîné. 11/11/2020


Il ne faut se faire aucune illusion un jour ou l’autre, les prochains gouvernements voudront un rattrapage de l’économie. D’autant que les règles économiques européennes risquent d’être intransigeantes. Comment cela s’articulera-t-il, qui seront les gagnants et les perdants … Peut-être faut-il se remémorer ce qui s’est passé en Grèce … Sans jouer spécialement les pessimistes, c’est une noire possibilité !