Étiquettes

Plus vite dans l’excès, plus haut dans la dépense, plus fort dans l’illogisme…

Telle pourrait être, à lire le rapport provisoire (donc non contradictoire) que la Cour des comptes consacre au Comité d’organisation des Jeux olympiques (Cojo), la devise de Paris 2024.

Ce document de 137 pages, que « Le Canard » s’est procuré, prévient : les Jeux sont bien mal partis. Et (sauf changements radicaux), ils ne sont même pas sûrs d’arriver !

Saigneurs des anneaux

Déjà, le Covid a provoqué le report à 2021 des Olympiades de Tokyo. Ce qui, philosophent les rapporteurs, « interroge substantiellement le modèle sur lequel sont organisés les Jeux ». Le virus a entraîné un surcoût estimé à « au moins 3 milliards d’euros », d’où l’exigence d’« adopter, alors qu’il en est encore temps, des mesures d’économies structurelles indispensables ».

Pareillement, le décalage de Paris 2024 à 2025 « aurait des répercussions significatives sur les dépenses » d’un événement chiffré à 7 milliards d’euros. Même sans report, la Cour suggère au Cojo de revoir son budget initial. Le prochain conseil d’administration de Paris 2024, prévu le 17 décembre, pourrait lui en fournir l’occasion. Les magistrats ont déjà détecté des « risques de surcoût [qui] s’élèvent probablement à plus de 400 millions ».!

La faute, principalement, à une modification de la géographie des sites (le déménagement du centre aquatique de Saint-Denis à Nanterre; par exemple) et à l’intégration de « nouveaux sports » : surf, skateboard… et pourquoi pas escalade budgétaire ?

Question sécurité, « les hypothèses initiales doivent être largement revues ». Il faudrait débourser 125 millions supplémentaires pour assurer la sûreté des nouveaux sports et des nouveaux sites, et, surtout, pour faire face à « un risque terroriste et de cyber-insécurité » accru.

Aux Jeux de Londres (2012), avec le renfort urgent des boîtes privées le surcoût sécuritaire a atteint 84 % ! Bonjour le dérapage artistique !

Côté ressources, « des incertitudes substantielles affectent l’atteinte des objectifs » du Cojo. Le rejet du sponsor Total par la Mairie de Paris a coûté 130 millions. Et, ‘à cause du virus, la venue de mécènes « dans les secteurs de l’énergie, du textile, du luxe et de la loterie a été freinée ».

Retour de flamme

Pas la communication, en revanche ! En 2019, 3,7 millions d’euros y ont été consacrés, et trois événements organisés, avec « un dépassement systématique » du budget prévu. L’« organigramme foisonnant » du Cojo (actuellement, une trentaine de directeurs pour 189 collaborateurs) coûte cher. Les salaires sont « très sensiblement supérieurs à ceux constatés en moyenne dans le secteur privé ».

Le montant annuel des cinq premiers atteint 2,2 millions d’euros, primes comprises. Le troisième, celui du directeur de cabinet du président Tony Estanguet, tout comme « son positionnement au sein de l’organigramme, a échappé au comité des rémunérations, pourtant censé les fixer.

Interrogé par « Le Canard », le Cojo précise : « La Cour a travaillé sur des éléments budgétaires que nous lui avons fournis. Mais ces éléments sont aujourd’hui datés, parfois erronés. Les recommandations qu’elle formule sont nos propres pistes de travail, que nous allons intégrer dans la révision budgétaire en cours. » Et de se féliciter du jugement «positif » de la Cour sur « notre structuration ».

Ça vaut au moins une médaille en chocolat !


Didier Hassoux . Le Canard enchaîné. 11/11/2020