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Religion et humour libératoire.

[Si nous connaissons le nouveau Président américain, nous qui ne sommes] pas citoyens américains, on serait tenté de dire que cette élection ne nous concerne pas.

[Pourtant] elle conditionne [en partie] l’avenir de la planète, notamment en matière d’écologie puisque Joe Biden a promis de revenir dans l’accord de Paris, alors que Trump l’avait quitté.

Deux ou trois pays ont le pouvoir de décider à eux seuls du sort du monde : les États-Unis, la Chine et la Russie.

Le reste, et nous faisons partie de ce reste, doit suivre le mouvement. Comme des rémoras accrochés sous le ventre d’un grand requin blanc, nous n’avons pas d’autre choix, pour éviter d’être dévorés par nos prédateurs, que de les accompagner dans la direction qu’ils ont décidé de prendre.

Notre volonté [d’états individuels] ne pèse pas bien lourd face à ces mastodontes. Et c’est notre liberté qu’insidieusement nous voyons se réduire et risquer de disparaitre un jour.

[…]

Qu’il s’agisse d’écologie ou d’économie, aujourd’hui, tous les problèmes ont aussitôt une portée planétaire. Et lorsque se pose la question de la liberté d’expression, il en est de même. C’est le monde entier qu’il faut affronter.

Quelques dessins, un discours déterminé du président de la République sur la liberté d’expression, et c’est une avalanche de réactions qui nous demandent de revenir sur nos décisions, qui nous pressent de repenser notre conception de la liberté.

On ne vous fera pas l’affront de dresser la liste des directeurs de conscience qui, depuis quinze jours, rejouent la comédie sinistre qu’il a fallu supporter au lendemain du 7 janvier 2016, quand les mêmes expliquaient déjà à Charlie Hebdo qu’il avait eu tort de publier les caricatures.

Les mêmes cohortes d’éminents professeurs, de subtils philosophes, de théologiens affûtés arrivent vers nous en procession pour nous faire la morale et nous demander, comme à confesse, de réciter deux Ave et un Pater pour nous faire pardonner notre affront et nous offrir une dernière chance d’échapper à la punition divine.

Ce spectacle pathétique amène cette question.

Sommes-nous encore un pays libre ?

Sommes-nous tout simplement encore libres ?

L’ordre mondial nous impose depuis des décennies une économie libérale destructrice de l’environnement, bouleversant inexorablement les équilibres de la vie, asphyxiant nos poumons, intoxiquant notre alimentation, réprimant notre liberté de semer les graines qu’on désire, et nous imposant, au bout du compte, un mode de vie dont nous ne voulons pas.

Cette hégémonie s’étend maintenant dans un domaine qu’on croyait épargné, celui de la liberté d’expression. De la même manière, on nous demande, au nom d’un supposé réalisme, identique à celui invoqué en matière économique, d’accepter la libre circulation des marchandises et des religions, contre laquelle rien ne doit se dresser, ni barrière douanière ni laïcité.

La libéralisation de l’économie a fait entrer la foi des croyants dans cette logique.

Les grandes religions monothéistes possèdent des parts de marché et des zones d’influence sur la planète que rien ne doit contrarier, qu’aucune législation ne doit freiner, sous peine d’être accusé de blasphème.

Le christianisme revendique 2,4 milliards de fidèles, l’islam 2 milliards, l’hindouisme 1 milliard et le bouddhisme 600 millions. Les cours de la Bourse du bon Dieu sont dominés par la toute-puissance des Gafa du Saint-Esprit, ces monstres qui évoluent comme d’énormes cachalots et sur la peau desquels on nous concède le droit de nous accrocher respectueusement comme des bigorneaux agrégés sur les flancs de Moby Dick.

Voilà la place modeste qu’il faudrait accepter d’avoir dans ce monde. Face aux puissances économiques que sont les États-Unis, la Chine et la Russie, face aux trusts religieux que sont le christianisme, l’islam ou le bouddhisme, l’humour et la dérision n’ont pas leur place.

Car la satire a toujours pris pour cibles les pouvoirs hégémoniques, monarques couronnés d’hier, multinationales du Saint-Esprit d’aujourd’hui.

Pour contester cet impérialisme économique et religieux, il ne faut pas attendre grand-chose de la plupart des politiques et des intellectuels, qui ne s’agitent que pour nous demander de nous taire et de renoncer à notre liberté. Il ne faudra donc compter que sur la détermination de chacun d’entre nous pour exister aux côtés de nos prédateurs.


Article rédigé en grande partie d’après l’éditorial de RISS – Charlie hebdo. 11/11/2020