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Hold-up, la dernière superproduction conspirationniste française, entend dénoncer en deux heures quarante-trois le braquage démocratique réalisé à l’occasion de la pandémie de Covid-19.

En résumé, de l’Organisation mondiale de la santé … au conseil scientifique installé par Emmanuel Macron … le pouvoir sanitaire aurait délibérément amplifié la gravité du virus pour asseoir son contrôle sur la population.

Mais le hold-up, le vrai, réside dans la démarche du film plus que dans son discours.

Maîtrisant à la perfection la technique du « millefeuille argumentatif », […] le réalisateur Pierre Barnérias sait mêler controverses légitimes (sur la fiabilité des tests ou le port du masque) et mensonges éhontés … en affirmant par exemple que des malades auraient été internés dans des camps au Canada. Plus l’événement est mondial, plus l’édifice est vertigineux.

[…]

Fact-checking chronophage

À peine mis en ligne, Hold-up a été relayé à grande vitesse par les réseaux sociaux, […]. Face au déferlement d’informations aléatoires contenues dans le film, les médias, présentés comme des complices, c’est-à-dire des ennemis, n’ont eux eu d’autre choix que de mobiliser d’importantes ressources humaines à des fins de « fact-checking » chronophage (ce qu’ont remarquablement fait Libération ou Le Monde).

Au risque de convaincre un peu plus les dubitationnistes persuadés qu’on leur cache la vérité ?

C’est ainsi que le piège se referme sur l’information. Ne pas parler de Hold-up, c’est prendre le risque de l’effet Streisand (un théorème du Web selon lequel toute tentative de censure produit l’effet inverse de celui escompté) ; trop en parler, c’est lui garantir la visibilité qu’il recherche.


Olivier Tesquet. Télérama. Titre original : « “Hold-up”, ou l’art de désinformer en prétendant informer ». Source (Extrait)


L’avis de FranceInfo

Au cœur des préoccupations depuis le début de 2020, l’épidémie de Covid-19 et sa gestion par les autorités font l’objet de nombreux désaccords et incertitudes. « La première partie du film cherche à s’appuyer sur le doute existant », observe Sylvain Delouvée, spécialiste des peurs et croyances collectives. Nul besoin de le créer dans la tête du spectateur. Quand il s’agit du coronavirus, « le doute est présent, même chez les non-complotistes ».

L’origine du Sars-CoV-2 n’est encore établie et la gestion gouvernementale de l’épidémie soulève de nombreuses critiques et questions au sein de la population. Or, le film « donne l’impression de se mettre au même niveau que le spectateur » et semble lui dire « je ne suis pas là pour amener des réponses (…) et je me pose les mêmes questions que vous », analyse Sylvain Delouvée. « Le Covid, c’est un traumatisme collectif. Quand on a un événement traumatisant, on cherche à lui donner du sens, c’est une logique tout à fait humaine », complète Marie Peltier, historienne et spécialiste du complotisme.

Au lieu d’avancer des preuves concrètes d’une supposée machination des élites, qu’ils entendent dénoncer, les intervenants appuient leur thèse sur des assertions qui se révèlent fausses et sur des tirades émotives. […]

Une mise en scène classique pour un témoignage, mais qui déborde sur les interventions des experts. « En jouant sur l’émotion, on va avoir tendance à traiter le message de façon différente : je ne fais plus autant attention à la rationalité du message, aux sens des arguments, à la logique, qu’à la globalité du message », pointe Sylvain Delouvée. Rudy Reichstadt, de Conspiracy Watch, le confirme : « Le média audiovisuel est le plus efficace pour faire passer ce genre de thèse sensationnaliste ».

Le récit de Hold-Up emprunte « des ficelles » des discours conspirationnistes. « Ce qui fait la toxicité d’un produit complotiste, ce n’est pas que c’est faux de A à Z, c’est que tout repose sur le mélange du vrai et du faux », explique Rudy Reichstadt.

« Le mélange du vrai et du faux est encore plus toxique que le faux ».


Source (très court extrait)


Voir aussi HuffingtonPost – Source Lecture libre